Quatre histoires fantastiques


Quatre histoires fantastiques

Un film de William Laboury, Maël le Mée, Just Phillipot, Steeve Calvo

Avec Maud Wyler, Sofian Khammes

Une initiative du magazine SoFilm bénéfique au genre ? À vous d’en juger…

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Un renouveau du cinéma fantastique ?

Depuis les grands chefs-d’œuvre des années 70, on pensait le style cinéma fantastique indépassable ou laissé en pâture aux séries B. Il n’en est rien et la relève viendrait-elle de la France ? En voyant ces quatre courts métrages, on pourrait se poser en effet la question du renouvellement du genre, dans la mesure où ils nous offrent de beaux effets spéciaux et un jeu d’acteurs assez bluffant. Au sein de son laboratoire consacré au cinéma de genre, le magazine SOFILM, en partenariat avec le CNC, la chaîne Canal+, la SACEM et plusieurs collectivités, encourage l’écriture et la production de courts métrages et de longs métrages de genre (fantastique, SF, thriller, polar, comédie musicale, etc.). Ces résidences ont pour but de favoriser des modes d’écriture innovants en laissant davantage de place aux expériences d’écriture collective, à la littérature et à la musique. Elles permettent également d’associer très tôt dans l’élaboration des projets les principaux acteurs de la fabrication des films tels que les grands studios d’effets spéciaux français. C’est donc une initiative qu’il faut encourager et c’est avec curiosité que nous attendons les productions des autres genres déclinés dans ces résidences artistiques. Le genre fantastique n’est pas un genre facile. Par goût, on serait plus porté vers le fantastique psychologique qui ne nécessite ni effets spéciaux, ni apparitions de zombies à chaque plan. Des films à la manière de la nouvelle du Horla de Maupassant, ou de Shining de Stanley Kubrick (adaptation controversée par l’auteur du roman, Stephen King) ou encore le sketch tiré d’une nouvelle d’E. A. Poe, Il ne faut pas parier sa tête avec le diable, mis en scène par Federico Fellini.

 



Ambiance pré ou post-apocalyptique


Dans cette série de quatre films, hormis peut-être le premier, Chose mentale réalisé par William Laboury, il est fait largement usage des effets spéciaux et de l’horreur, voire du gore, des genres largement labourés dans le cinéma dit fantastique. Sans doute parce que le cahier des charges demandait de faire usage des studios d’effets spéciaux français a-t-il été demandé alors aux jeunes réalisateurs et scénaristes d’en faire largement usage ? Du coup, nous voici face à trois autres petits films assez horrifiques : Livraison de Steeve Calvo, Aurore de Maël Le Mée et enfin Acide de Just Philippot. Tous les trois en effet, et le premier aussi d’une certaine manière, sont habités par une peur très perceptible de l’avenir et se déroulent dans une atmosphère pré ou post-apocalyptique : allergie aux ondes électromagnétiques, pluies acides, famine et sécheresse ou encore pouvoirs surnaturels imaginaires mais générés par une génération nourrie de jeux vidéo et d’Internet.

Jouer avec les corps


Mais tous témoignent en outre d’une manière très spéciale de jouer avec les corps humains en les présentant soit dénudés et mutilés, soit en voie de lévitation, trépanation, liquidation, ou métamorphosés en zombies, en cannibales, ou encore défigurés par la pollution et les diverses pollutions qui ravagent notre planète. En effet, ces films fantastiques, même s’ils n’échappent aux codes spécifiques du genre, ont au moins le mérite de proposer un bilan de l’horreur apocalyptique dans laquelle nous sommes maintenant englués et dont personne n’a les clés pour en sortir. On pourrait prendre comme symbole de cette angoisse le magnifique plan du début de Acide sur un petit nounours abandonné sur la route et qui se corrompt sous une pluie incessante. Cette seule image, sans vraiment abondance d’effets spéciaux, de zombies et d’hémoglobine, dit toute cette détresse humaine. C’est pourquoi nous terminerons en laissant la parole à l’auteur de ce dernier film qui résume bien le sentiment que nous éprouvons en regardant ces Quatre histoires fantastiques, lorsqu’il déclare dans le dossier de presse : « Dans Phénomènes [de M. Night Shyamalan, Ndlr], j’adore cette scène où les personnages sont tétanisés devant un léger bruissement de feuilles dans les arbres. J’avais envie d’un film qui parle d’un désastre écologique en cours sans entrer dans un discours complexe. Dès le début de l’écriture, je tenais à confronter un petit garçon au désastre. Un enfant, pas un ado, car je crois qu’aujourd’hui on est très tôt confronté à une prise de conscience sur la violence du monde qui nous entoure. »

Ndlr : Note de la rédaction


Fiche du film


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