Tesnota, une vie à l'étroit


Tesnota, une vie à l'étroit

Un film de Kantemir Balagov

Avec Darya Zhovner

En nous offrant de découvrir une république autonome du Caucase, le film de Kantemir Balagov propose une métaphore de « la vie à l’étroit » des juifs isolés.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Formé à l’école d’Alexandre Sokourov

Après des études d’économie et de droit, Kantemir Balagov découvre la photographie grâce à un appareil offert par son père et décide alors de se consacrer au cinéma. C’est ainsi qu’il découvre l’école de cinéma qu’Alexandre Sokourov, le maître du plan séquence, vient d’ouvrir à Naltchik trois ans plus tôt. Après trois courts métrages d’étude très remarqués, il réalise ce premier long mé-trage grâce à l’aide d’Alexandre Sokourov qui lui trouve notamment une solution pour monter la production du film. Lorsque Kantemir Balagov déclare que l’un de ses films préférés est Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatozov (Palme d’Or à Cannes en 1958), on comprend mieux d’où lui vient son inspiration qui s’est, de plus, affinée grâce aux films de la Nouvelle Vague qu’il découvre à l’école de Naltchik, mais aussi Mouchette de Robert Bresson, ou encore Rosetta des frères Dardenne. Tesnota, sous-titré en français Une vie à l’étroit, est un film qui se consacre juste-ment à cette sensation d’étouffement qui est celle des derniers juifs à vivre sur le territoire de la ré-publique autonome de Karatchaevo-Tcherkessie, au nord de la Géorgie, petit territoire ex-ottoman, puis russe après une année de domination allemande de 1942 à 1943.
 



Un casting remarquable


Aidé d’un casting remarquable qui laisse une part d’improvisation aux acteurs, professionnels ou non, et qui nous permet entre autres de découvrir une sublime actrice, Daria Jovner découverte par le directeur du casting à l’école-studio du MKhaT de Moscou, qui incarne Iliana, une jeune fille qui aide son père garagiste tout en étant amoureuse d’un jeune Kabarde, Zalim, interprété par Nazir Joukov, passé par l’école Chtchoukine de Moscou. Lorsque son frère David, auquel l’acteur non professionnel Veniamine Kats prête son talent, est kidnappé avec sa fiancée après le repas de fian-çailles, le film bascule dans un trouble que la mise en scène vient appuyer. En effet, déclare le réali-sateur dans le dossier de presse, « le mot sur lequel j’ai particulièrement insisté c’était exiguïté. Je voulais que le spectateur la ressente, tant dans la composition du cadre que dans la lumière, les cou-leurs et aussi au niveau du son. J’ai voulu, par exemple, un développement des couleurs au fur et à mesure qu’on avance dans le film ; j’ai voulu que la caméra soit parfois saccadée, comme si elle était en crise, sans me demander si ce serait beau à regarder ou pas. Quant au son, je tenais absolument au direct. »
 


Une mise en scène maîtrisée

Tourné en grande partie à Saint-Pétersbourg où il réside, sauf pour quelques plans extérieurs nécessaires à Naltchik, Kantemir Balagov a monté son film chaque soir pour vérifier que les plans lui con-venaient et pouvoir les tourner à nouveau si nécessaire. Ce film est d’autant plus intéressant qu’il pose en outre plusieurs problèmes, notamment celui de la violence du terrorisme par des images hor-ribles de torture et d’assassinat que le jeune Kantemir voyait à l’époque sur des VHS piratées qu’il réutilise dans son propre film, pour provoquer la même sensation de dégoût et de terreur qu’à l’époque, à la fin des années 90. De plus, sur le plan de la morale, le film se pose la question chère à Kantemir Balagov qu’il évoque longuement dans l’entretien qu’il accorde au dossier de presse : « Est-il réellement humain d’obliger quelqu’un à se sacrifier pour sauver un proche ? »


Fiche du film


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