Marie Curie


Marie Curie

Un film de Marie Noëlle

Avec Karolina Gruszka, Arieh Worthalter, Charles Berling, André Wilms

Faut-il étudier la femme ou la scientifique ? Un équilibre que le biopic ne parvient pas à trouver.

Article de Maxime Lerolle 2 étoiles



Quand on demande un nom de femme célèbre, Marie Curie sort souvent. Mais derrière l’image aseptisée, pour ne pas dire asexuée, de la scientifique qui découvrit la radioactivité, existait-il un être sensible ? C’est le défi auquel s’attelle Marie Noëlle. Qui, paradoxalement, tombe dans l’excès inverse.

Affaires de coeur

Marie Curie souffre d’un problème récurrent aux biopics : le primat du sentimental sur la vie publique. S’il est certes louable de présenter un autre versant de la femme de science (Karolina Gruszka), de la faire descendre du piédestal héroïque où l’a placée le positivisme d’alors et d’en révéler l’intimité, minorer sa contribution majeure à la physique moderne au profit de ses aventures amoureuses se montre tout aussi néfaste.

Cela tient en grande partie au parti pris initial. La réalisatrice s’attarde sur une histoire peu connue de son existence : sa liaison supposée avec Paul Langevin (Arieh Worthalter), quelques années après la mort de Pierre Curie (Charles Berling). L’affaire fit grand bruit, et la presse à scandales traîna au pilori cette Polonaise accusée de vivre aux crochets de l’œuvre de feu son mari. Jusqu’à l’empêcher de mener correctement ses recherches et d’en recevoir les récompenses. Mais voilà : ladite liaison resta supposée.

Par conséquent, le scénario fait, à ses dépens, le jeu du sexisme. En reprenant à son compte – même si c’est pour défendre son personnage – les ragots de la presse de l’époque, il réduit Marie Curie à une banale histoire d’adultère (pour lui) et d’amour libre (pour elle). Le sujet aurait pourtant pu être intéressant à traiter depuis un angle féministe. Malheureusement, le jeu de l’actrice et la mise en scène tendent à faire de l’héroïne un être passif, qui quémande la pitié plus qu’elle ne revendique ses actes.
 

Un exercice d'équilibriste

En résumé, Marie Curie pâtit de sa bâtardise formelle. Le film hésite tout du long entre une narration apologétique et une certaine sensorialité. Le premier plan paraissait prometteur : de la lumière bleue émanant d’un morceau de radium. Cette quête de la lumière, Marie Noëlle la poursuit sans cesse. Mais elle reste constamment en arrière-plan, alors qu’une approche sensualiste de la physique aurait tellement pu renouveler le sujet.
En définitive, le film déçoit, parce que les grandes espérances qu’il mobilisait – tant sur la place de la femme au travail, sur le conservatisme social que sur la représentation des sciences – demeurent sur le papier. Formellement mal ficelé, grevé par des scènes inutiles, des effets gratuits et une mauvaise caractérisation des personnages, Marie Curie échoue à donner une image crédible de son héroïne.
 


Fiche du film


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