La Fête est finie


La Fête est finie

Un film de Marie Garel-Weiss

Avec Zita Hanrot, Clémence Boisnard, Michel Muller

Film autobiographique sur l’addiction aux drogues dures, ce premier long métrage est un coup de poing.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



La fête a-t-elle commencé ?

La fête est finie, mais avait-elle commencé ? En effet, le premier long métrage, prometteur et largement autobiographique, de Marie Garel-Weiss ne présente pas l’addiction à la drogue comme un phénomène de mode ou de révolte, mais bien plutôt comme une maladie, un besoin morbide dont on doit tenter par tous les moyens de se défaire. Son film raconte l’arrivée dans un centre de désintoxication, suite à un pétage de plomb, de Céleste, 19 ans, qui va y faire la rencontre de sa vie, Sihem, belle jeune fille perdue comme elle mais différemment. C’est sur cette trame délicate et fragile que va jouer pendant 90 minutes le talent de la jeune réalisatrice, servie par deux magnifiques actrices, Zita Hanrot (découverte dans Fatima de Philippe Faucon, 2015) et Clémence Boisnard (répérée dans une boîte de nuit par l’assistante du casting). Toutes deux font merveille pour exprimer, chacune à sa manière, le désespoir et la rage des toxicomanes. On pourrait dire que le film est découpé en deux parties presque distinctes : d’abord le centre de cure où leur amitié exclusive est mal vécue par les autres pensionnaires et la direction, puis finalement rejetée ; ensuite le monde réel et leur difficulté pour résister à la drogue et tenter de survivre.
 
 

Un scénario tout simple

Marie Garel-Weiss, réalisatrice de deux courts métrages (L’amour dans les saunas hétéroxuels et La Vie de garçon diffusés sur Canal+), est surtout scénariste et coscénariste, notamment pour des programmes courts télévisuels ou le film Atomic Circus des frères Poiraud. On retrouve bien sa touche dans ce scénario pourtant simple, mais qui analyse bien les errements de la psyché humaine, dans des allers et retours sur ces jeunes filles paumées et leurs familles respectives. Sihem, d’origine maghrébine, à la fois rejetée et adorée par ses parents, aurait pu comme ses sœurs faire une belle carrière dans la justice. Céleste a rejeté sa mère, l’a agressée pour lui voler un collier afin de se droguer, et elle la retrouve vers la fin du film lorsqu’elle devient (très vite, trop vite ?) clean. C’est en effet la limite de ce beau premier film : on dirait que la réalisatrice a voulu coûte que coûte trouver une sorte de happy end. Céleste, enfin sortie d’affaire après un sevrage d’une centaine de jours, grâce à l’appui d’un groupe de parole (thérapie qu’elle refusait au début), va aider à son tour Sihem lorsqu’elle la retrouve dans la rue entre la vie et la mort alors qu’elles s’étaient violemment disputées puis séparées.
 


Réalisme poétique


Malgré tout, ce film très réaliste mais aussi poétique, ouvre sur un monde difficile où le moindre faux pas risque de faire chuter à nouveau. Les toxicomanes, tout comme les alcooliques, vivent avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête et il leur faut une grande force de caractère pour résister à la tentation. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que, dans les groupes de parole, il y a des personnes qui ont arrêté depuis plus de vingt ans et qui viennent pour encourager les autres ! Il faut souligner aussi la très belle photo de Samuel Lahu et la musique originale de Ferdinand Berville et Pierre Allio.


Fiche du film


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