The Florida Project


The Florida Project

Un film de Sean Baker

Avec Brian Vinaite, Willem Dafoe, Brooklynn Prince

Sean Baker gagne en efficacité et en simplicité avec The Florida Project pour mieux y colorier les contradictions de son vieux pays natal, l'Amérique "Disney".

Article de Corentin Lê 3 étoiles



Dans la banlieue de Disney World, Moonee (Brooklynn Kimberly Prince), du haut de ses 6 ans, fait les 400 coups avec ses amis en errant au sein d’un décor pour le moins improbable : les mandarines géantes, les marchands de glace, les motels et les parking s’y étendent à perte de vue. Mais là où les touristes ne sont que de passage vers la cité magique, une communauté de plus en plus grande s’élargit en élisant domicile dans la flopée de motels qui bordent les routes vers Disney World. Moonee vit, de son côté, avec sa jeune et insouciante mère, Halley (Bria Vinaite), 22 ans, dans le « Magic Castle », un motel de fortune sur lequel veille Bobby, le gérant (Willem Dafoe) qui protège, d’un coin de l’oeil, les plus fragiles.
 

Changement de cap

S’il a bien été présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, The Florida Project est assez caractéristique du Sundance festival duquel a émergé Sean Baker. Le film coche toutes les cases : mise en lumière d’une communauté américaine marginale, omniprésence d’une naïveté constamment contre-balancée par la dureté sociale du tableau dressé. The Florida Project est un film à charge sur les ruines désolantes d’une crise des subprimes qui a poussé bon nombres de foyers vers la sortie (ici, vers des motels où s’entassent les plus fragiles). Ruines que les enfants de Baker n’attendront pas, d’ailleurs, à enflammer, histoire de foutre le feu aux conneries des parents.

Venant de Sean Baker, que l’on connaît surtout pour son dernier shoot d’adrénaline Tangerine, le sujet de The Florida Project n’a rien de surprenant. Ce qui l’est plus, c’est la forme qu’il emprunte, en opposition totale avec son dernier film tourné à l’iPhone et qui avait fait sensation (notamment) pour cette raison. Ici, plus de portable fixé au bout d’un stabilisateur mais bien un 35mm beaucoup plus posé et reposé. Et qu’on se le dise : Baker gagne clairement en clarté en adoptant une forme beaucoup moins sauvage, et, aussi, beaucoup moins sensationnaliste.
 

Disneyland, mon vieux pays natal

The Florida Project n’est, au-delà de ça, ni une révolution ni une claque. Baker s’est simplement calmé, a disposé de plus de moyens, a étoffé son casting et s’est concentré, pour le meilleur, sur le décor – incroyable – plus que sur ses personnages, déjà tous croisés quelque part (à Sundance ou ailleurs). Et c’est dans les façades grotesques des motels, supermarchés et autres temples de la consommation que Baker trouve sa matière la plus intéressante. Petit à petit, au gré des pérégrinations de ces jeunes enfants filmés à leur hauteur, c’est l’Amérique dans toute sa gloutonnerie aveuglante qui jaillit à l’écran, en rose, en orange ou en mauve.

On découvre alors, derrière la bienveillance assez molle du récit, une tapisserie grotesque en arrière plan. The Florida Project n’est pas un film « Disney », mais plus un film « Kodak » qui trouve, dans le format pelliculaire, un sens : celle d’une nostalgie dépassée virant au fétichisme, qu’on a du mal à abandonner. Ici, la dite nostalgie est ce rêve de gosse qu’est le rêve américain, par essence immature et utopique (et que Trump, figure grand-guignolesque, continue de tourner en parodie), et qui se place ici derrière la décrépitude de marginaux qui se prostituent pour joindre les deux bouts. Mais, dans le même temps, on sent bien que les figures de l’imaginaire Disney hantent le cinéma de Baker. Ce dernier ne peut se résoudre à descendre totalement ce rêve (américain) au point, même, d’y retourner une dernière fois.


Fiche du film


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