Star Wars VIII : Les Derniers Jedi


Star Wars VIII : Les Derniers Jedi

Un film de Rian Johnson

Avec Daisy Ridley, John Boyega, Mark Hamill, Adam Driver, Carrie Fisher, Laura Dern, Benicio Del Toro, Andy Serkis

On a tous déjà vu l'épisode VIII. Ça s'appelle l'Empire contre-attaque.

Article de Maxime Lerolle 2 étoiles



« Non, tu résistes encore ! Lâche prise ! » hurle Kylo Ren à Rey. On pourrait voir dans ces mots la mise en abyme du rapport fétichiste qu’entretient la nouvelle trilogie envers l’œuvre de Lucas. Accrochée à son idole, elle n’ose pas prendre de risques et s’aventurer en territoire inconnu.

Le culte du passé

Si vous avez déjà vu L’Empire contre-attaque (1980) et Le Retour du Jedi (1983), vous ne verrez rien de bien neuf dans ce dernier épisode. Vous y retrouverez les mêmes scènes – de la bataille de Hoth à la confrontation entre l’Empereur et Vador –, les mêmes personnages – non seulement Luke (Mark Hamill), Leïa (Carrie Fisher, pour son dernier rôle) et Chewbacca, mais en outre des décalques archétypaux des précédents – et, en somme, la même histoire. C’est plaisant, c’est bien mené, mais on se demande bien en sortant de la salle : pourquoi ?
Évidemment, on songe à la motivation économique. Calée juste avant les fêtes de Noël, la sortie du film a déjà réalisé le meilleur démarrage de l’année et engrangera – on s’en doute – des recettes faramineuses en produits dérivés. D’autant que Disney a misé gros sur les Porks, de mignonnettes créatures volantes aux yeux globuleux qui n’ont d’autre intérêt que de faire passer le public directement de la salle au magasin de jouets.
Mais ce qui reste en bouche, c’est une désagréable impression d’amertume. Quel gâchis, se dit-on… Car contrairement à bon nombre de blockbusters, la saga Star Wars ne manque pas d’inventivité, et recèle un trésor à exploiter, tant en termes de récits, de personnages que d’études morales et politiques. George Lucas avait parfaitement compris le potentiel créateur virtuellement infini de son univers avec sa Prélogie : non seulement il se détournait des aventures amusantes et bon enfant des trois premiers volets, mais en outre il dotait la série d’une passionnante réflexion sur les limites de la démocratie et la violence des passions.
Menés par J. J. Abrams, talentueux nécromancien des années 80, les studios auraient pu se saisir de cette riche matière, d’autant que l’univers étendu, aussi bien l’officiel que celui des fans, regorge de pépites. Mais voilà, Disney a choisi la facilité. Et la facilité consiste à fétichiser la trilogie originale, à la considérer comme un indépassable mythe – alors qu’elle brassait gaiement une flopée de légendes bigarrées –, bref, à se raccrocher au passé sans penser à l’avenir.

 


Star Wars à la sauce Disney


Ce qui aboutit à un film incroyablement niais. Les personnages les plus prometteurs du septième épisode – Rey (Daisy Ridley), Finn (John Boyega) et Ben Solo/Kylo Ren (Adam Driver) – se retrouvent sacrifiés sur l’autel du manichéisme. Alors qu’on sentait en Rey une puissance ambivalente, la voilà qui défend ardemment le Bien ; pareil pour Kylo Ren, dont l’incertitude entre Bien et Mal pourrait apporter du changement dans un système aussi rigide, et qui finit comme ersatz de son grand-père Dark Vador. Quant à Finn, le Stormtrooper déserteur, on l’oublie pendant une bonne partie du film dans une intrigue très secondaire. Et tant qu'à faire, on rajoute un personnage incroyablement inutile, sinon à délivrer des morales toutes faites, la valeureuse Rose (Kelly Marie Tran), pourfendeuse de l’injustice et protectrice des faibles
Comparons la trilogie en cours à la Prélogie, trop souvent (et injustement) décriée. Cette dernière se distinguait des IV, V et VI en mettant en scène ce que le romancier George R. Martin, auteur du Trône de Fer, nomme des « personnages gris ». Ni blancs, ni noirs, des êtres comme Anakin Skywalker, Mace Windu ou le Comte Dooku naviguent dans un espace indéterminé, usant tour à tour du Bien et du Mal dans une logique de la mixité des valeurs. Culmine dans La Revanche des Sith (2005) une hésitation sur le sens moral des actions, jamais jugées a priori. Or, la nouvelle trilogie rompt absolument avec la Prélogie, en ce sens qu’elle restaure un manichéisme essentialiste. Il y a le Bien, il y a le Mal, et entre les deux, aucune zone mêlée : on ne peut que basculer intégralement d’un camp à l’autre.
 


Fiche du film


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