La Fiancée du désert


La Fiancée du désert

Un film de Cecilia Atán, Valeria Pivato

Avec Paulina García, Claudio Rissi

Une oeuvre minimale trop convenue.

Article de Jérémy Vanbaelinghem 2 étoiles



Après avoir marqué les esprits les plus cinéphiles dans l’interprétation grandiose de Gloria en 2013, l’actrice sud-américaine Paulina Garcia devient cette fois-ci Teresa, une quinquagénaire qui se retrouve du jour au lendemain libérée de la famille pour laquelle elle a consacré une vie de labeur, n’ayant plus les moyens de garder près d’eux cette femme qui leur fut dévouée corps et âme. Elle doit cependant atteindre le nord du pays afin de rejoindre la nouvelle famille pour qui elle se dévouera avec la même rigueur, empreinte de la douceur et de la discrétion de cette héroïne, simple, respectueusement introvertie.
 



Road-movie argentin


Commence pour elle un voyage, un de ces road-movie dont le cinéma n’a plus le secret, tant le genre fut peint et dépeint par les pinceaux de maints cinéastes. Teresa traverse l’Argentine, en car pour commencer, mais se heurte à des accrocs l’éloignant de sa destination. Elle enchaîne un accident, puis les caprices d’une nature en colère, et la perte de sa valise, l’amenant vers Gringo, un forain qui ne manquera pas de réveiller et de révéler au spectateur ; sans effets de manche ni accumulation de poncifs et autres clichés que le road-movie accouplé au caractère féministe que l’oeuvre auraient pu nous servir avec mièvrerie ou démagogie ; la personnalité d’un caractère pourtant si habitué à rester à distance de l’action, dénotant avec le manque de finesse du traitement des protagonistes névrosés, torturés, de notre cinéma moderne, qui ne savent vivre et réagir que dans l’immédiat, le « direct live » des situations auxquelles ils sont confrontés.

L’on saisit aisément la volonté des deux réalisatrices, Cecilia Atlan et Valeria Pivato, de produire une oeuvre minimaliste, aux premiers abords silencieux, pour souligner avec justesse sa profondeur et s’attarder sur cette femme sur laquelle trop peu se sont penchés, à travers ce voyage physique, géographique, métaphore et prétexte du véritable « périple », si le mot n’est pas trop fort, celui du face à face que Teresa aura avec elle-même, en grande partie grâce à Gringo, symbole d’une indépendance, d’une marginalité, mille fois usitée, tant le ressort de l’élément libérateur semble automatique, inhérent à ce type de réalisations.
 



Cinéma soustractif


Le film se révèle aussi subtil que l’avaient à coup sûr pensé les deux cinéastes. L’on retrouve du Deneuve chez Garcia, celui de Elle s’en va d’Emmanuelle Bercot (2013), par le biais d’une interprétation tout en retenue, sublimant les ressentis d’un personnage si simple, comme il en existe des millions d’autres. Pourtant, quand se dresse le générique final, l’on prend mesure de toute l’étrangeté, des paradoxes de l’oeuvre, qui esquive les écueils tout en ne pouvant s’affranchir de la sensation de classicisme, de vu et revu. L’alchimie entre Teresa & Gringo, amenée de manière naturelle par un traitement scénaristique finalement aussi chiadé que ne l’est le traitement de l’image, pertinemment léché, au service du parti-pris du voyage initiatique, qui amène Teresa, non pas à se connaître, mais à se souvenir de qui elle est. Le procédé est accompagné de flashbacks efficacement disséminés.

Toutefois, cette recette si bien pensée, dosée, ne prend pas totalement, et le spectateur n’a hélas que trop peu de surprise, d’inattendu devant lui. La force de Teresa, profonde dans sa simplicité, souffre de nous faire savoir à l’avance que le film ne laissera de trace indélébile dans nos mémoires, comme sa construction le souhaitait sûrement.


Fiche du film


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