Closet Monster


Closet Monster

Un film de Stephen Dunn

Avec Connor Jessup, Aaron Abrams, Joanne Kelly

Un jeune homme sensible et torturé va devoir exorciser ses démons. A trop vouloir souligner ses effets, la mise en scène perd en singularité et en puissance émotionnelle.

Article de Jean-Michel Pignol 2 étoiles



Jeune enfant, Oscar assiste à un meurtre homophobe atroce. Ces images ne vont cesser de venir le hanter jusqu’à son âge adulte. Le jeune homme réussit tant bien que mal à dissimuler son mal être. Sur le lieu de travail de son premier emploi il va faire connaissance de Wilder, un beau jeune homme plein d’assurance. Closet Monster est le premier long métrage de Stephen Dunn. Un récit très intime puisque le réalisateur y transpose une bonne partie de sa jeunesse contrariée par la recherche permanente de son identité. Si le sujet est personnel, son traitement l’est beaucoup moins. La mise en scène ne cesse de louvoyer entre plusieurs registres sans jamais réussir à semer le trouble dans nos esprits.
 


Un coming-out surchargé


Le diable dans le placard (Closet Monster) désigne l’homosexualité refoulée du héros. Pour nous mettre sur la piste de ce terrible secret, Stephen Dunn balise allègrement le parcours. Oscar n’est pas comme les autres, il préfère dialoguer avec son hamster plutôt qu’avec d’éventuels camarades. Comme nous le savons tous, la sensibilité est une qualité essentiellement féminine. Seule une fille douce et patiente peut comprendre et encourager la créativité du jeune homme qui rêve à une carrière de Make-up artist. Le baiser furtif échangé entre Oscar et son amie ne traduit que de l’affection. Le véritable objet de la tentation fera son apparition plus tard. Dans une scène de vestiaire où Wilder, un beau jeune homme plein d’assurance, va emprunter le tee-shirt fraichement porté par Oscar. S’en suit une long période de trouble pour le héros. Un enchevêtrement usant de scènes sursignifiantes et bruyantes. Enfin du répit : inexorable attirance, Oscar et Wilde (référence littéraire ?) se retrouvent au lit. Pour ceux d’entre nous qui n’anticiperaient pas la suite des événements : Dunn insère un joli plan d’écume marine.

Pour s’émanciper Oscar doit se débarrasser de la pression d’un père homophobe qui traque tout indice d’une possible déviance : « Il faut te couper les cheveux, tu ressembles à une fille ». Tuer le père, au sens figuré mais pas au sens propre. Les pulsions meurtrières d’Oscar ne demandent qu’à exploser mais le garçon n’en perd pas pour autant la raison. Le placard de la maison suffira pour contenir le père ignoble et ivre de violence. Voila un scénario peu avare de métaphores.



 
Sur quel pied danser ?
 
Le film commence plutôt bien. La scène de meurtre filmée à hauteur d’enfant nous rappelle au bon souvenir du Michael Myers d’Halloween de John Carpenter (1978). Dommage, la tension du monstre dans le placard cède rapidement le pas à une fantasmagorie beaucoup plus gentillette et surannée. Le monde imaginaire du petit Oscar ressemble, la magie en moins, à l’univers spielbergien. Au moment de passer à l’âge adulte les conflits intérieurs atteignent leur paroxysme. L’American Way of Life, les petits boulots, la fac, révulsent Oscar et Wilder Les deux marginaux auraient leur place dans la peinture nihiliste d’un Gus Van Sant. Une banlieue inanimée, des jeunes qui se cherchent: Tout est là. Mais c’est tellement déjà vu. Pour aborder la dimension organique de la sexualité, Dunn prend un virage trash. On se rend compte ici que n’est pas Cronenberg qui veut L’automutilation ne suffit pas à remuer l’estomac d’un public avertit

Nul doute que certains spectateurs apprécieront d’être maintenus en alerte par les ruptures de tempo et la bande son punchy qui emportent le récit. Malheureusement, ce ne fut pas le cas de l'auteur de ces lignes.


Fiche du film


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