L'Echange des princesses


L'Echange des princesses

Un film de Marc Dugain

Avec Olivier Gourmet, Lambert Wilson, Anamaria Vartolomei, Catherine Mouchet

En adaptant le livre de Chantal Thomas, Marc Dugain nous propose, outre une fresque historique, une réflexion sur la condition des enfants dans le monde.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Un incroyable échange de princesses pour mettre fin à la guerre

Quand un auteur, Marc Dugain, lui-même réalisateur de quatre films, adapte à l’écran le roman d’une consœur, Chantal Thomas, cela donne un magnifique film à la portée universelle. C’est en lisant les Mémoires du duc de Saint-Simon que Chantal Thomas découvre cet incroyable échange de princesses entre la France et l’Espagne au XVIIIe siècle. Il est vrai qu’elle tient là le sujet d’une véritable petite histoire de la grande Histoire, presque un conte qui raconte les fastes d’une cour et les horreurs tramées dans le silence des palais. En 1721, Philippe d’Orléans est Régent de France. L’exercice du pouvoir est agréable, il y prend goût. Surgit alors dans sa tête une idée de génie : proposer à Philippe V d’Espagne un mariage entre Louis XV, alors âgé de onze ans, et la très jeune infante, Anna Maria Victoria, âgée de quatre ans, en pensant mettre fin à une guerre interminable. Et il ne s’arrête pas là car il propose en échange de donner sa fille, Mademoiselle de Montpensier, comme épouse au jeune prince des Asturies, futur héritier du trône d’Espagne, pour renforcer ses positions. La réaction à Madrid est enthousiaste, et les choses se mettent vite en place. L’échange des princesses a lieu au début de l’année 1722, en grande pompe, sur une petite île au milieu de la Bidassoa, la rivière qui fait office de frontière entre les deux royaumes.
 



Une interprétation flamboyante


C’est dans cette ambiance que le film commence, dans une lumière bleutée et contrastée due à Gilles Porte et des décors souvent naturels dénichés en Belgique comme le château de Beloeil dont l’intérieur est une réplique parfaite du château de Versailles, ou le palais d’Egmont à Bruxelles, mais aussi en pays flamand, le château de Gaasbeek assez représentatif de l’art flamand d’influence espagnole où ont été tournées les scènes de la cour de Philippe V. Outre son intérêt historique, ce film très documenté place volontairement ses personnages dans une sorte de huis-clos anxiogène : Philippe V, mystique et fou, interprété par un saisissant Lambert Wilson ; Philippe d’Orléans, régent manipulateur et libertin à qui Olivier Gourmet prête ses traits ; ou encore la célèbre princesse Palatine, belle-sœur du Roi Soleil et mère du Régent, seule rescapée du Grand Siècle jouée par la merveilleuse Andréa Ferréol qu’on ne voit malheureusement pas assez au cinéma.
 



Des enfants manipulés par le pouvoir


Mais ce film, malgré sa force et son rythme, n’est pas seulement intéressant sur le plan historique puisqu’il nous montre des actions qui ne pourraient plus avoir cours de nos jours, et pourtant sa dimension universelle se laisse vite entrevoir. Le film, contrairement au livre mais sans le trahir toutefois, puisque Chantal Thomas a participé au scénario, se focalise sur ces quatre enfants ou jeunes gens qui ne sont que des marionnettes au sein du pouvoir. À commencer par le jeune Louis XV qui fut roi dès l’âge de 5 ans et intronisé à Reims à 12 ans. Ce jeune souverain a perdu sa mère, son père, ses frères, et il confie lui-même qu’il est cerné par la mort. Cependant, il accepte le destin de roi qu’on lui impose même s’il doit se méfier de ses courtisans, à commencer par le duc de Condé. Il en va de même pour la petite infante de seulement quatre ans, Anna Maria Victoria qui joue encore à la poupée mais accepte de quitter la cour espagnole où il est vrai que sa marâtre, Elisabeth Farnese, ne l’aime pas. De même aussi pour l’autre couple, un peu plus âgé : la fille du Régent, Mademoiselle de Montpensier, envoyée à la cour d’Espagne contre sa volonté pour y épouser le futur roi Don Luis, actuel prince des Asturies et qui va s’éprendre d’elle.

Le problème est toujours présent de nos jours


Chantal Thomas, qui avait écrit puis adapté pour l’écran son livre Les Adieux à la reine, réalisé par Benoît Jacquot en 2012, explique qu’elle a fait le choix avec Marc Dugain d’adapter différemment son roman pour donner plus de place à ces enfants méprisés, manipulés et mal-aimés sinon par la princesse Palatine ou leur gouvernante, Madame de Ventadour, interprétée par l’impeccable, comme toujours, Catherine Mouchet. Même si certains spectateurs pourraient se dire qu’il n’en est rien aujourd’hui, Chantal Thomas précise cependant dans le dossier de presse que la situation, même si elle a quitté le politique, n’a pas vraiment changé : « Aujourd’hui, on dit partout que leur bonheur est une finalité, mais je pense que souvent les enfants continuent à être des enjeux dans une stratégie décidée par les parents, des pions dans la confusion de leurs sentiments. Les choses ne se jouent plus au niveau politique mais familial. Et aussi économique, car ce qui a été découvert dans les dernières décennies, c’est que l’enfant est un marché, une richesse de consommation à exploiter. Et si on étend le débat au-delà de notre culture, l’actualité brûlante de cette histoire est le mariage forcé, admis sur des continents entiers. On s’indigne de ces horreurs pratiquées au XVIIIe siècle mais que dire de ce qui se passe aujourd’hui en Afrique, en Inde ou en Afghanistan pour des millions de jeunes femmes ? »


Fiche du film


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