Gaspard va au mariage


Gaspard va au mariage

Un film de Antony Cordier, Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Théret, Johan Heldenbergh

Comédie déjantée mais psychologique, "Gaspard va au mariage" est quand même bien prise au piège du zoo.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Sacré casting provocateur

Voici le troisième film d’Antony Cordier, après Douches froides en 2005 qui l’avait fait connaître notamment à la Quinzaine des Réalisateurs et, surtout, en obtenant le prestigieux Prix Louis Delluc, et Happy Few, en 2010, en compétition à la Mostra de Venise. Pour ce dernier opus, il obtient encore un sacré casting et provoque toujours le spectateur en tentant de montrer quelle est la frontière entre l’homme et l’animal. Et pour cela, il installe son film dans le décor naturel d’un zoo de province qui existe vraiment. Gaspard, l’un des trois enfants du directeur qui se va s’y remarier, se rend à la noce, comme le titre l’indique, alors qu’il n’a pas vu sa famille depuis longtemps. Comme il est seul et « loser », petit réparateur d’ascenseurs à Bruxelles, il paie une fille rencontrée dans le train pour qu’elle lui serve de cavalière. L’intrigue est vraiment originale et, bien sûr, rien ne va se passer comme prévu ainsi que la vie en est coutumière.
 



Un décor naturel incroyable

Le décor est planté, les personnages prêts à l’action pour régénérer les souvenirs d’enfance d’Antony Cordier qui se souvient d’un livre qu’il lisait lorsqu’il était enfant et qui racontait la vie du créateur du zoo de la Palmyre, Claude Caillé. C’est lui qui a inspiré le personnage du père, Max dans le film. L’histoire ne dit pas s’il était aussi cavaleur que lui, qui multiplie les aventures avant et après la mort de sa femme, tuée par des tigresses, si bien que la vétérinaire, interprétée par l’excellente Marina Foïs, ne sait toujours pas si elle l’épousera à quelques jours de la noce. Les autres personnages sont presque tous aussi frapadingues, entre la sœur amoureuse de son frère Gaspard et qui vit, comme Peau d’Âne, revêtue de la peau de son ours favori, et le frère (admirable Guillaume Gouix) qui est amoureux fou d’une tatoueuse hyper-tatouée. Il faut souligner l’interprétation très intéressante de Félix Moati dans le rôle titre qui se surpasse de plus en plus, et celle de son « escort » Laetitia Dosch qu’on vient de découvrir dans Jeune Femme de Léonor Serraille. Quant au père, interprété par Johan Heldengergh, il est lui aussi saisissant de naturel, acceptant de se montrer nu trempant dans un grand aquarium pour soigner son eczéma grâce à des poissons.
 



Capturer des corps en images


Il arrive que l’on rie et que l’on sourie à quelques scènes, et même que l’on soit étonné par le tournage dans ce zoo qui n’a pas été fermé pour la circonstance. On est même étonné par certaines idées scénaristiques, notamment le squelette de cheval au-dessus de la cheminée de cette belle maison construite en plein milieu du zoo. On sait aussi qu’Antony Cordier aime capturer les corps en images, les érotiser mine de rien et intervertir les codes, notamment en faisant travailler ses acteurs au plus proche de leurs possibilités physiques, un peu comme le fit Pedro Almodovar pour En chair et en os. D’ailleurs, Johan Libéreau doit se souvenir encore de ces moments de nudité avec ou sans Salomé Stévenin dans Douches froides qui a lancé sa carrière. Si le but de Gaspard va au mariage (un titre à la manière des Martine…) est d’étonner, voire de provoquer, c’est réussi même si parfois certaines scènes se noient trop dans une sorte de bric-à-brac un peu factice. « J’aime bien les choses scabreuses, mais surtout qu’on n’en fasse pas tout un plat. » déclare le réalisateur dans le dossier de presse. À déguster alors sans prétention.


Fiche du film


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