Belinda


Belinda

Un film de Marie Dumora

La caméra poétique de Marie Dumora suit encore Belinda qui va se marier. Un documentaire mélancolique sur la vie des Yéniches.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Ne plus le quitter

Belinda que l’on suit depuis qu’elle a neuf ans grâce à la caméra experte de Marie Dumora a bien grandi. La voici maintenant à 23 ans, folle amoureuse d’un taulard, Thierry, avec ses beaux yeux bleus, et qu’elle s’apprête à épouser pour ne plus jamais le quitter. C’est en 2000 à la fin du tournage de Tu n’es pas un ange que la réalisatrice fait la connaissance d’une jeune fille abandonnée qui cherchait des informations sur son histoire dans un bureau de l’administration de l’Est de la France. Elle la conduisit dans un foyer où elle rencontra donc Belinda, 9 ans, et sa sœur Sabrina, 10 ans, dont elle ne voulait pas être séparée. « Belinda était une enfant solaire, joyeuse, elle avait ce petit côté Paulette Goddard, avec cette grâce des personnages de Chaplin, si fortement ancrés dans le présent », déclare Marie Dumora dans le dossier de presse. En 2000, elle tourne donc Avec ou sans toi avec les deux sœur, puis, en 2004, Emmenez-moi, le deuxième volet où l’on retrouvait le petit ami de Belinda qu’elle avait connu lors du tournage de Avec ou sans toi et qui ratait son CAP. Mais il ne faut pas se tromper, ces films n’ont rien de misérabiliste, même s’ils dépeignent une vie à la marge, car les personnages de ces documentaires scénarisés sont tellement vivants et forts qu’ils intriguent, tirent des larmes d’émotion et sont prêts à tout redémarrer à chaque fois.
 



Une fille belle et naturelle


C’est aussi grâce à la famille de Belinda que Marie Dumora s’intéressera de plus en plus aux manouches, gitans et autres gypsies, auxquels elle consacrera encore deux films : La Place chez les Manouches en 2012 et Forbach forever en 2015. Ici, la vedette c’est bien sûr Belinda qui crève l’écran et se montre sous un jour naturel, toujours heureuse et douce, raisonnable et affectueuse, avec les siens, préparant son mariage avec précision et détermination. Allant même jusqu’à retrouver son amour en prison pour l’épouser, traversant le village dans sa belle robe blanche. Cette séquence devient d’ailleurs par sa force le moment clé du film. Belinda est une star qui ne le sait pas, avec ses petits airs de Béatrice Dalle, elle traverse tout le film qui lui est consacré avec un naturel qui force l’admiration. Elle est issue d’une famille de Yéniches, ces gitans sédentarisés d’Alsace, qui ont une vie dure et ne se plaignent jamais, vivant entre eux et profitant cependant des petits moments de la vie, sans mendier comme on voit les Roms le faire actuellement dans la plupart des grandes villes.

Belinda, héroïne grecque des temps modernes

Belinda est un film fort, poignant et tranquille qui permet aux spectateurs de se sentir enfin en harmonie avec une partie de la population que les gens ont trop tendance à mépriser. De par son charisme, son histoire et sa vie passionnée, Belinda devient une héroïne. Selon la réalisatrice, « Sabrina est [en effet] une héroïne, au sens grec du terme, lorsque les héros affrontent leur Destin sous le regard des Dieux. » Et, comme eux, Belinda ne ploie jamais, ne perd jamais espoir même si sa vie danse à la lisière de la légalité. Elle est pure et entière, et surtout passionnée. Cela se sent encore plus lorsqu’elle est entourée de sa famille, mais aussi en tête-à-tête avec son amoureux, Thierry qui est Yéniche comme elle, et un peu son cousin. Et aussi, vers la fin du film, lorsqu’on devine cette splendide intimité qu’elle a avec son père, dans cette affection qu’elle lui témoigne en encadrant la photo de famille abîmée, ou dans leur façon méticuleuse et ardente de se rouler des cibiches.


Fiche du film


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