Les sentinelles


Les sentinelles

Un film de Pierre Pezerat

Un documentaire profondément humain qui dresse un constat édifiant et sans appel.

Article de Jean-Michel Pignol 3 étoiles



Henri Pézerat, chercheur au CNRS, décédé en 1999, a été l’un des acteurs essentiels de l’interdiction de l’amiante en France. Il s’engagera par la suite dans la lutte contre le géant des pesticides Monsanto. En retraçant le combat de son père, Pierre rend également hommage aux courageuses victimes qui continuent leur combat pour faire reconnaître la culpabilité des industriels criminels. Pour son premier film Pierre Pézerat, ancien responsable technique du journal de TF1, vise juste et fort. D’une actualité malheureusement brûlante, Les Sentinelles résonne comme un vibrant appel à la vigilance et à la mobilisation citoyenne.
 



Parti pris Pierre


Pézerat ne le cache pas, il en fait même un point d’honneur : la parole est aux victimes. A l’exception d’un bref commentaire de l’avocat de Monsanto, les accusés n’ont pas droit au chapitre. Qui oserait aujourd’hui blâmer une telle démarche partisane ? Dans le dossier de l’amiante, les tribunaux ont déjà rendu de nombreux verdicts, même si les réparations sont loin d’être à la hauteur du désastre. Pour le scandale du Glyphosat, si le lobbying du géant de l’industrie continue d’anesthésier les instances politiques, la population française a bien identifié les empoisonneurs. Au cinéma, un ennemi relégué hors-champ n’en est que plus inquiétant. Lovés dans leur confortable bunker d’indifférence et de cynisme, les hauts dirigeants, administrateurs ou autres actionnaires n’ont pas besoin d’intervenir à visage découvert pour affirmer leur pouvoir.

Pierre ne se contente pas de reconstituer une partie du chemin parcouru par son père. Le réalisateur devient partie prenante dans le combat actuel. Ainsi, il décide d’organiser une rencontre entre Paul François, un exploitant agricole et Jean-Marie Birbès, ancien ouvrier en usine. Deux hommes aux convictions politiques opposées, mais reliés par un même désir de justice qui va les conduire à s’impliquer au sein du combat mené par l’association Paul Pézerat.
 



Au nom de l’humain


A première vue, on pourrait s’interroger sur la pertinence du média cinématographique pour un tel projet. Nos chaînes nationales ne manquent pas de s’attaquer aux scandales qui rongent notre société, comme le travail mené à l’échelle internationale par Marie-Monique Robin, pour son documentaire Monsanto face à ses juges, diffusé en octobre dans une soirée Thema d’Arte. Pierre Pézerat, lui, privilégie l’émotion à l’exhaustive énumération des faits. Sa caméra à hauteur d’homme suscite une empathie toute cinématographique. Les personnages principaux se libèrent progressivement pour se livrer avec pudeur et intelligence. Non contraint par les impératifs de vitesse, associés au format télévisuel, le film trouve sa propre respiration naturelle. A l’instar de la première rencontre entre Paul et Jean-Marie, de longues et puissantes minutes filmées en quasi plan-séquence pour ne rien brusquer. Pour son premier film, Pierre Pézerat concilie humilité et émotion.


Fiche du film


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