La Educación del Rey


La Educación del Rey

Un film de Santiago Esteves

Avec Matias Encinas, German De Silva, Esteban Lamothe

À la suite d’un hold-up raté, le jeune Reynaldo se retrouve dans le jardin de Carlos qui va entreprendre son éducation.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Adapté d’une minisérie

Né en 1983 à Mendoza en Argentine, Santiago Esteves a réalisé de nombreux courts métrages et une minisérie, La Educación del Rey, qu’il a adaptée pour en faire ce premier long métrage. Réalisé dans la ville qui l’a vu naître et grandir, ce film utilise à la fois les décors de la ville, mais aussi des paysages de cette sorte de far-west, illustrés par la musique puissante et inspirée de Mario Galván. Entraîné dans un hold-up qui tourne mal, le jeune Reynaldo s’enfuit et trouve refuge dans le jardin du couple Carlos et Mabel, détruisant la serre que Carlos avait construite pour son épouse. Récemment à la retraite, Carlos va trouver dans cette rencontre inattendue l’opportunité de participer à l’éducation du jeune homme qu’il sent à la fois vulnérable et prometteur. Bien sûr, le titre joue sur l’ambiguïté entre le diminutif du jeune homme, Rey, et la dénomination du roi, car il s’agit bien d’une éducation que lui transmet Carlos, ancien vigile, adepte des armes à feu.


Fasciné par les codes de l’enseignement

Le réalisateur le confie lui-même au dossier de presse comme pour attester son inspiration : « Les idées à l’origine du film ont plusieurs sources. J’étais d’abord fasciné par les codes de l’enseignement (Hagakure, Dhammapada, codes de la chevalerie médiévales) constitués d’une série de leçons visant à former les chefs et les guerriers. » Ce faisant, c’est aussi une description de la société argentine qu’il nous propose, qui n’échappe pas elle non plus à la corruption puisqu’il nous décrit ici un monde de jeunes délinquants dont la police se sert pour leur faire commettre des délits plus ou moins graves, comme c’est le cas ici. D’autre part, l’Argentine a vu naître sur son territoire de nombreuses milices privées qui sont de plus en plus présentes et actives, parallèlement à la police qui est bien souvent absente ou laxiste.
 



Film parabole et réaliste

Pourtant, La Educación del Rey n’est pas un film social ou engagé, il nous propose plutôt un portrait de l’Argentine très réaliste, mais aussi plein d’espoir dans sa jeunesse car le jeune Reynado n’est pas une caricature de délinquant, comme on en trouve dans la plupart des films français. C’est plutôt un garçon sensible, délicat, en recherche de la figure paternelle et qui trouve dans ce refuge un pendant à la situation qu’il vit avec sa mère, femme isolée mais néanmoins présente et digne. Comme contrepoint, son frère blessé est présenté comme une figure un peu fuyante à laquelle pourtant Reynaldo est très attaché et fidèle. De son côté, en acceptant sa présence et en ne le dénonçant pas, Carlos lui propose une manière de rédemption, tout en lui donnant une mission gratifiante, celle de reconstruire ce qu’il avait détruit en entrant par effraction dans leur jardin. Ce film est donc bien une sorte de récit initiatique qui repose sur la confiance et le respect mutuel, en pendant du caractère violent et altéré de la police. « Ce n’est pas précisément une éducation "humaniste", mais c’est la meilleure qu’il peut lui donner, précise encore le cinéaste. Le personnage de Rey, quant à lui, est une énigme au début du film. Il ne commence à se dessiner qu’à partir de sa rencontre avec Carlos. » Film attachant et riche, La Educación del Rey n’est pas du tout un énième film sur la jeunesse délinquante, mais un portrait tout en douceur des liens qui devraient régir la vie entre des personnes que rien, pourtant, n’était censé rapprocher.


Fiche du film


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