Demain et tous les autres jours


Demain et tous les autres jours

Un film de Noémie Lvovsky

Avec Noémie Lvovsky, Luce Rodriguez, Mathieu Amalric, Anaïs Demoustier, India Hair

Noémie Lvovsky, la folle et la poétesse.

Article de Lucile Marfaing 3 étoiles



Mathilde (Luce Rodriguez), court à travers les couloirs de l'école et par les chemins forestiers pour offrir un enterrement en bonne et due forme à un squelette malmené, selon elle, par sa maîtresse et ses camarades de classe. Sa mère (Noémie Lvovsky) prépare un jour leurs valises, persuadée qu’elles doivent quitter leur toit, prête à camper devant l’appartement d’inconnus parce qu'une petite voix lui a assuré qu’ils devaient déménager. « Le poète fait venir la similitude jusqu’aux signes qui la disent, le fou charge tous les signes d’une ressemblance qui finit par les effacer. » (Les Mots et les choses, 1966). Cette différence entre le fou et le poète pensée par le philosophe Michel Foucault réfléchit un enjeu central du dernier film de Noémie Lvovsky, qui pose un regard d’une grande sensibilité et poésie sur ce récit de la vie d'une femme malade psychologiquement et de sa petite fille. Un fil ténu raccorde de manière subtile et émouvante la marginalité créée par l’imaginaire de l’enfance et celle de la folie de la mère ; marginalité commune qui, loin de les confondre, sert le lien d’amour entre Mathilde et sa mère, ses soutiens comme ses peines. Alors que cette dernière laisse disparaître les signes du réel pour sombrer dans les méandres de sa pensée, sa fille développe des connexions issues de son imaginaire qu'elle injecte dans la réalité, autant de ponts qui lui permettent de supporter son quotidien et d’intégrer une partie des dérives mentales de sa mère, de continuer à faire circuler de l'enthousiasme et de la malice.
 



De l'enfant à la mère, l’oiseau qui parle


C’est sa mère qui offrira d’ailleurs à Mathilde le compagnon de l’imaginaire le plus délicat et fantaisiste pour le réel de l’enfant, un oiseau que la petite fille découvrira doté de parole, une voix (incarnée en off avec talent par Micha Lescot) inaccessible aux oreilles de sa mère. En offrant du fantastique au film, Noémie Lvovsky crée un tiers, comme sorti d'un conte, venu colorer l’appartement et le quotidien de Mathilde et de sa mère. « Mes yeux voient autre chose que ce que je regarde. » dira celle-ci à son ex-mari (Matthieu Amalric), figure bienveillante mais comme détachée du vase clos dans lequel vivent sa fille et son ex-femme. S’il est « autorisé » à Mathilde de voir autre chose que ce qu’elle regarde, d’entendre autre chose (un oiseau qui parle) que le lot commun, les fugues à répétition de sa mère, adulte, ses absences, psychiques et physiques, renvoient un mur de détresse et de désarroi au monde et parfois à Mathilde. Pour accompagner ce récit, les registres du film se succèdent et s'échangent, le chagrin s'efface lorsqu'il devient trop lourd, la fantaisie se décale lorsqu'elle commence à perdre de sa modestie. La réalisatrice conduit sa mise en scène sur un fil qui ne craque jamais, maintenant jusqu'au bout son mélange de douceur amère et de tristesse colorée, dans un décor qui laisse la part belle à la création.
 



« Oh my Mama »


Ce lien mère-fille qui s'incarne de manière profonde à l'écran, accompagné par l'émouvante chanson « Oh my Mamma », comme une dédicace, de la musicienne américaine Alela Diane, tient beaucoup à la pétulance de la jeune Luce Rodriguez et à la poésie de Noémie Lvovsky. Il y est autant question d'amour que de déroute et Demain et tous les autres jours arrive au cinéma peu après une autre mise en scène d'un lien d'amour démesuré, celui de deux frères, dans le bouleversant film des frères Safdie, Good Time. Si le long métrage de Lvovsky n'a pas l'audace cinématographique et la puissance formelle de l'oeuvre des new-yorkais, il possède cette incarnation inéabranlable du lien sentimental qu'il dépeint. La dernière partie du film, Mathilde adulte et sa mère, viennent parachever l'exploration d'un lien, ici d'une mère avec sa fille, et ses mystérieux ressorts, jusque face à la maladie psychique. Dans une belle séquence, la jeune femme danse avec sa mère, puis lui raconte des histoires, suivant son incitation, après le cadeau d'un oiseau des années auparavannt : « She told me use your voice, my little bird ».


Fiche du film


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