Confident Royal


Confident Royal

Un film de Stephen Frears

Avec Judi Dench, Ali Fazal, Eddie Izzard

Mise en scène éblouissante pour une histoire étonnante, malheureusement un peu trop consensuelle.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Une Judi Dench impériale

Inspiré du livre de Shrabani Basu qui sort presque en même temps en France, et au titre éponyme, le dernier film de Stephen Frears est un pur joyau sur le plan de la mise en scène, du jeu des acteurs les plus prestigieux du Royaume-Uni, des costumes et des décors. Il nous dévoile en plus, de manière plus ou moins romancée, l’amitié qui unit pendant de nombreuses années la reine Victoria vieillissante et un Indien de confession musulmane, Abdoul Karim, qui deviendra son confident, son professeur et bouleversera l’étiquette de la sévère cour anglaise. Le mérite de Confident royal est de nous montrer un autre visage de la célèbre reine Victoria dont la réputation de rigidité est devenue presque légendaire. La grande Judi Dench parvient à lui donner une âme et ce d’une manière à la fois tendre et inattendue. L’arrière arrière grand-mère de l’actuelle reine Elizabeth II, presque aussi pittoresque dans un autre genre, n’était pas la prude souveraine qu’on a bien voulu nous décrire. À la mort de son mari, le prince Albert, on lui prêta une liaison avec son palefrenier, John Brown, aventure dont le réalisateur anglais John Madden s’inspira pour son film Mrs Brown (La Dame de Windsor) en 1997 avec, déjà, Judi Dench dans le rôle de la reine Victoria.

Elle revient donc dans ce rôle quelque vingt ans après, à la grande joie de John Madden et de Stephen Frears avec lequel elle travailla sur trois films précédents. Judi Dench prend un plaisir évident à montrer à l’écran, avec une grande maestria, la métamorphose de la vieille reine qui s’ennuie lors de son jubilé et qui va tomber sous le charme de ce grand et beau jeune homme indien, interprété par un extraordinaire acteur de théâtre et de cinéma, très connu en Inde, Ali Fazal. Outre son goût pour les beaux garçons, ce qui la rendrait plutôt sympathique, Victoria était d’une intelligence remarquable, dotée d’un grand sens de l’humour. Le film raconte que son serviteur, âgé de vingt-quatre ans seulement et greffier adjoint à la prison d’Agra, lui enseigna le Coran et l’ourdou dans les quatre dernières années du règne de l’Impératrice des Indes qui n’y mit pourtant jamais le pied. À sa mort, son fils frustré et jaloux, le Prince de Galles qui devint enfin le roi Edouard VII, fit tout brûler sauf les dix tomes de notes manuscrites en ourdou de la main de la reine et que Shrabani Basu a retrouvés pour les faire traduire et qui ont servi de base au livre dont s’inspire le film.
 


Une fidélité à l’image du Taj Mahal


Ce film commence d’ailleurs par des images magnifiques sur Agra et notamment le Taj Mahal, cette merveille de dentelle de marbre. Ce sera d’ailleurs une des premières histoires qu’Abdoul racontera à la reine lorsqu’il entrera à son service. On comprend bien sûr tout de suite que ce Taj Mahal est une prolepse : ce monument est le symbole même de la fidélité d’un souverain envers son épouse puisque le Moghol Shah Jahan l’a fait ériger dans le but d'abriter la tombe de son épouse, Mumtaz Mahal, morte lors de l'accouchement de leur 14e enfant ! Ce monument de la fidélité est bien sûr une image de l’attachement qui lia Victoria et ce jeune homme à l’intelligence et à la beauté redoutables, puisqu’il l’accompagnera jusqu’à sa mort au château d’Osborne House sur l’île de Wight où elle avait fait ériger un somptueux Darbar et un cottage pour son Munshi (professeur) préféré, son épouse et sa belle-mère. Shrabani Basu certifie qu’elle a même découvert à Osborne une statue en bronze d’Abdul Karim, et des recettes de curry qui était devenu le plat préféré de Victoria.
 


Un curry pas assez épicé


Tout ceci est très sympathique et très érudit. Toutefois, on avait connu jusqu’à présent un Stephen Frears plus critique, plus incisif, voire plus humoristique. Confident royal, malgré ses grandes qualités, reste étrangement consensuel à une époque où il faut, et pas seulement en Grande-Bretagne, réconcilier les religions traumatisées par le terrorisme islamiste. Et ce beau personnage d’Abdoul Karim, dont on ne met jamais en doute au long du film la bonne foi et la probité puisqu’il est présenté comme le héros positif, tombe à pic pour redorer le blason d’un Islam mis à mal par l’actualité sanglante de ces dernières années. Toutes les époques ont eu leur cinéma de propagande, que ce soit contre les juifs durant la Deuxième Guerre mondiale en Allemagne ou sous le régime de Vichy, voire durant le fascisme italien. Dans une direction bien sûr toute différente et sans aller jusqu’à parler de propagande, notre époque ne se gêne pas non plus pour manipuler les esprits et finir en fait par livrer des œuvres un peu dépouillées de leur sel. Stephen Frears est sans doute tombé dans le piège du politiquement correct. C’est un peu dommage, on aurait préféré qu’il joue plus sur l’ambiguïté du munshi : vrai gourou, imposteur, arriviste ou jeune homme au cœur simple ? Car l’âme humaine est ainsi faite, toute pétrie de sentiments contradictoires et non gravée dans le marbre d’un scénario un peu hollywoodien.


Fiche du film


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