Otez-moi d'un doute


Otez-moi d'un doute

Un film de Carine Tardieu

Avec François Damiens, Cécile De France, André Wilms, Guy Marchand

Un Feel-Good Movie tendre et farfelu.

Article de Jean-Michel Pignol 3 étoiles



Une énième comédie française qui surfe sur l’éclatement de la cellule familiale ? Oui. Mais une fois n’est pas coutume, la qualité est au rendez-vous. Cinq ans après Du vent dans mes mollets, Carine Tardieu revient avec une fable à la naïveté moins appuyée qui ne lésine pas sur les situations rocambolesques pour bousculer nos repères.


De vrais mensonges

Tandis que sa fille enceinte refuse de lui dévoiler l’identité du géniteur, Erwan apprend par ailleurs que l’homme qui l’a élevé n’est pas son père biologique. Voilà le tranquille quadragénaire lancé dans une double recherche de paternité. Multiplication des rebondissements, des quiproquos et des mensonges révélés ; le scénario parfaitement huilé et calibré fonctionne sans anicroches. La belle mécanique pourrait rapidement lasser si la mise en scène reposait uniquement sur les effets de surprise (qu’un spectateur initié anticiperait aisément) et l’efficacité des gags (pas toujours hilarants). Le potentiel comique des situations n’étant pas systématiquement exploité, Carine Tardieu souhaitant privilégier le sourire au rire.

La folie des situations contraste avec la rationalité que veulent préserver les personnages. Pétris de bon sens, ils tentent en vain de redonner une trajectoire rectiligne à leur « simple vie ». Leur besoin d’amour et de plaisir constamment emprisonnés par des réflexes altruistes, tout ce petit monde se révèle profondément humain. On retrouve chez Tardieu, comme chez Pierre Salvadori, une empathie qui dépasse la simple bienveillance. Le déphasage n’est jamais moqué. Au contraire, la candeur apparaît comme une vertu, comme le seul moyen de donner un sens à une existence devenue de plus en plus complexe. Une fois découverts les véritables liens de sang, il est enfin temps d’ignorer la vérité. Une invitation à la tolérance, bien plus qu’un plaidoyer.
 
 

 
De vrais personnages

Preuve s’il en est que la direction d’acteur revêt toute son importance : François Damiens peut faire dans la nuance. Certes, le comédien retrouve son registre habituel de bougre sympathique, mais cette fois ci sans rajouter trop de mimiques, ni forcer la connivence. Cécile de France, en garçon manqué qui ne manque pas de charme, fait preuve d’un naturel désarmant. Au tour de ces deux têtes d’affiche gravitent les véritables étoiles du film, des seconds rôles éclatants et lumineux. A commencer par la fragilité d’un Guy Marchand qui, à l’instar de son personnage, ne cherche pas à feindre le poids des années et semble nous présenter ici ses adieux. André Wilms, de dix ans son cadet, campe avec nuances un solitaire très attachant. La palme revient à Esteban (chanteur par ailleurs du groupe Naive New Beaters), dans la peau d’un simple d’esprit atteint brutalement du virus parental. Il s’inscrit dans la lignée des savoureux seconds rôles qui donnent tout leur piment aux meilleures comédies britishs. Spontanée, désarmante chacune de ses trop brèves apparitions fait basculer le récit dans le burlesque.


Fiche du film


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