Hostages


Hostages

Un film de Rezo Gigineishvili

Avec Tinatin Dalakishvili, Irakli Kvirikadze

Puissante métaphore d'un hachoir humain.

Article de Ksenia Ragot 3 étoiles



Une histoire vraie.
 
Le scénario du film est basé sur une histoire vraie : en 1983, en Géorgie, un groupe de jeunes gens décide de kidnapper un avion pour s’échapper de l’Union Soviétique et gagner l’Ouest libre. Le détournement échoue. Les gamins sont emmenés au tribunal et doivent assumer les conséquences de leur acte. Mais personne ne s’attend à la décision tellement démesurée que la cour prendra. Le film a été réalisé en coproduction entre la Russie, la Georgie et la Pologne par un réalisateur d’origine géorgienne Rezo Gigineishvili, le beau-fils de Nikita Mikhalkov. Il est surtout connu en Russie comme réalisateur de comédies estivales conçues pour le marché national. L’Amour avec accent (2012) et Sans frontières (2015) sont ses cartes de visites, dotées d'histoires amusantes faciles à gober et remplies de stars du cinéma russe contemporain. Il est donc inattendu de voir que dans Hostages le réalisateur s'oriente vers un cinéma émotionnellement complexe où il invite surtout des comédiens géorgiens inconnus, en s’éloignant complètement des modèles éprouvés du cinéma commercial à succès.
 

 

Des « jeunes premiers » en vue.
 
Le casting du film inclut tout de même quelques comédiens russes et géorgiens connus, on y trouve Maria Chalavea, Nadezhda Mikhalkova, Merab Ninidze, Daredjan Kharshiladze et Avtandil Makharadze - mais leurs rôles restent secondaires. Ils correspondent surtout aux archétypes idéalisés des différentes couches sociales de l’époque soviétique : des médecins, des ouvriers, des commerçants, des pilotes, des hôtesses de l’air. Leur vies, plutôt idéalisées, présentent un bémol : tous rêvaient comme un seul homme, à haute et forte voix, de quitter « ce pays sans futur ». Ils ne l'essaient jamais sérieusement, mais nourrissent par ces conversations les jeunes esprits, ceux qui ne connaissaient pas les atrocités des purges staliniennes. Ces archétypes s'inscrivent en contrepoint des jeunes rebelles qui occupent l’avant-scène. Ces Géorgiens de 1983, représentés par des beaux visages des comédiens au physique de jeunes premiers  (comme Irakli Kvirikadze) ou jeunes mannequins (comme Tina Dalakishvili) ressemblent aux hipsters d’aujourd’hui avec leurs chemises en carreaux et d’autres objets vintages, leurs barbichettes et leurs idées utopistes sur la société. Ces beaux gosses s’écartent de la vie sociale dite « normale », ayant accès à quelques trésors de la vie d’élite (un réalisateur, un artiste, un jeune  novice religieux) sans pourtant disposer de ce qui à leur goût est le plus précieux – en l’occurrence, la liberté de la circulation à l’étranger. Ils  tentent de réfléchir à la réalité autour d’eux et d’agir différemment en prenant les paroles des autres - « quitter le pays » - à la lettre. 
 

 

La caméra qui (ne) bouge (pas).
 
L’image du film, photographié par Vladislav Opelyants - collaborateur également de Nikita Mikhalkov (12, Soleil Trompeur 2 et 3) et Kirill Serebrennikov (Le Disciple, 2016) - converge vers un sentiment de claustrophobie sensible également dans le titre du film. Cette impression d’enfermement démarre dès le début, via des images officieuses de la vie soviétique bureaucratique et quotidienne, autant de plans froids, distants et fixes. Une fois à l’intérieur de l’avion, la caméra devient chaotique et brusque, et ne se calme qu’à la dernière image - une énorme carcasse d'avion occupant progressivement le champ, avec en arrière-fond le bruit assourdissant des moteurs de la machine. Encore une fois, la métaphore d'un hachoir qui cette fois-ci s’applique aux conséquences de l’acte commis, car « tous ceux qui ont pris part à cette tragédie sont des victimes », dit Rézo Giginieshvili.
 
Lasha Bugadze, le co-scénariste du film voit Hostages comme un écho  qui « met en avant ce qui se passe lorsque l’idée de liberté est simulée ».  Grace au contrepoint, déjà sensible au niveau de casting et qui se développe en termes d'images et de mise en scène, le film se voit aujourd’hui comme un relevé des douleurs fantômes des citoyens post-soviétiques qui restent en permanence confrontés à l’hypocrisie gouvernementale et à ses conséquences sociales.
 


Fiche du film


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