La Région sauvage


La Région sauvage

Un film de Amat Escalante

Avec Ruth Jazmin Ramos, Simone Bucio

Quand Sade rencontre Zola, la chair n’est pas gaie.

Article de Marion Roset 2 étoiles



Après son violent Heli, prix de la mise en scène du Festival de Cannes en 2013, Amat Escalante persiste dans cette veine brutalement réaliste à laquelle il ajoute cette fois une touche fantastique. Dans La région sauvage se côtoient ainsi les faits divers sordides dont il s’est inspiré – tentative de viol, meurtre homophobe – et la science-fiction.

Alejandra est mariée à Angel, ils ont deux petits garçons et on ne peut pas dire que la vie matrimoniale soit pour eux une joie de tous les instants ; le devoir conjugal n’aura jamais aussi bien porté son nom que pour ce couple. Si Alejandra en est frustrée, il n’en va pas de même pour Angel qui vit une relation passionnelle avec Fabian, son beau-frère, qu’il dissimule en public par une féroce homophobie. Misère sexuelle, mensonges, violences…la chair est triste dans cette petite ville du Mexique. Jusqu’à l’arrivée de Veronica, une jeune femme apparemment sans attaches, qui va leur faire découvrir une mystérieuse créature tentaculaire. « Le sexe à l’état pur » pour reprendre les mots d’Amat Escalante.

 


Ça

L’affiche du film est à elle seule programmatique. On y voit le bassin d’une femme dont l’entrejambe est remplacée par une maison – la fameuse cabane au fond des bois – d’où sortent les tentacules de la créature par une porte entrebâillée. Le réalisateur attribuant toutes les souffrances de ses personnages à leur refus de leur instinct animal et de leurs pulsions vitales, une lecture freudienne s’impose à nous. Si « le moi n’est pas maître dans sa propre maison » comme le disait le docteur viennois, cette maison est en effet habitée par un « ça » purement sexuel qui guiderait toutes nos actions. La créature – sorte d’hybride entre les créatures d’Alien et de Possession (Andrzej Zulawski, 1981) – est ici autant un vecteur de plaisir que de mort : la révélation peut être fatale pour qui n’y est pas prêt ou, peut-être, pour qui ne connaît pas ses limites. Les séquences qui mettent en scène la créature frontalement – on pense à l’iconographie érotique japonaise - sont assez audacieuses quand d’autres sont plutôt ridicules, l’accouplement des animaux dans le cratère où se serait écrasée l’alien.

Et puis l’ennui

Mais très vite, La Région sauvage tourne en rond – et le scénario à vide. Les ellipses, les non-dits, le flou quant au destin de certains personnages finissent par agacer car trop superficiels pour que l’on soit réellement touchés. Escalante parle de pulsions mais son propos n’est que rarement incarné et reste, finalement, à l’état de propos. De même, le fantastique utilisé comme symbole d’une certaine mesure humaine, passe parfois pour un simple prétexte. La Région sauvage présente assez étrangement les mêmes qualités et défauts qu’un autre film mexicain - la boursouflure en moins : Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas (2013). Une sensation de vacuité malgré des moments forts trop isolés. Dommage.


Fiche du film


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