Kóblic


Kóblic

Un film de Sebastian Borensztein

Avec Ricardo Darín, Oscar Martinez, Inma Cuesta

Comme un avion sans ailes…

Article de Marion Roset 2 étoiles



La dictature militaire de Videla, en Argentine, usait d’une méthode spéciale pour éliminer ses opposants politiques : les vols de la mort. Des milliers d’entre eux furent jetés dans l’Océan Atlantique depuis des avions dans lesquels ils étaient au préalable drogués. C’est ce contexte historique totalitaire que choisit le réalisateur Sebastian Borensztein pour « narrer l’histoire d’un homme qui fuit » ; Tomas Koblic (Ricardo Darin), un pilote de la Marine en fuite pour avoir refusé d’ouvrir les portes de son avion durant un de ces vols meurtriers. Traqué par sa hiérarchie et plus encore par sa conscience, Koblic part se réfugier dans le sud du pays, où il ne tarde pas à attirer l’attention de Velarde (Oscar Martinez), le commissaire local…

Western argentin

Une nature sauvage qui semble n’être faite que pour les chiens errants et les oiseaux de proie, une petite ville sous le joug d’un shérif sans foi ni loi et une femme qui attend le sauveur qui viendra la libérer de ce lieu perdu…Koblic reprend les principaux codes du western. Sans oublier l’un des plus importants : l’absence de justice et de loi. Koblic peut courir tant qu’il voudra, échapper à la dictature paraît impossible tant elle a tendu ses filets à travers tout le pays jusque dans des villes aussi minuscules que Colonie Elena. Chaque habitant croisé peut être un danger potentiel quand l’homme représentant l’autorité est un policier sans scrupules pour qui la suspicion est plus qu’une seconde nature, un plaisir malsain. Le sentiment de liberté que devraient normalement évoquer les espaces immenses de la pampa est nié par les couleurs –comme éteintes - et les gros plans qui enferment les personnages. Le métier de pilote de Koblic prend ainsi une teinte ironique tant il est à plusieurs reprises amené à rester cloué au sol ; là encore, l’évasion semble impossible.

 


Trop manichéen ?

Du western – du moins du western des premiers temps – Koblic reprend aussi une écriture manichéenne de ses personnages principaux. Les méchants du film, clairement identifiables, sont aussi dégoûtants moralement que physiquement ; il n’est qu’à voir le « déguisement » d’Oscar Martinez tout en fausses dents, faux ventre et faux cheveux. Koblic, quant à lui, a tout du gentil persécuté injustement ; voire du chevalier blanc venu enlever la belle captive, dans une romance un peu trop bâclée pour être entièrement crédible et émouvante. Tout n’est pourtant pas si simple. Si ses souvenirs du vol de la mort viennent le hanter tout au long du film sous la forme de cauchemars, sont là pour prouver sa profonde culpabilité, il n’en reste pas moins qu’il est lui aussi un rouage dans le système totalitaire. Là se trouve sans doute la limite de l’utilisation d’un contexte historique comme simple toile de fond.

Alors que la quasi-intégralité du film se déroule à un rythme de croisière plutôt lent, que les menaces et les chantages se font à demi-mots et à voix basse, pour des effets prévisibles, le scénario s’emballe dans les dix dernières minutes pour ressembler à un revenge movie. Un final un peu cynique - comme si Koblic devenait ce qu’il fuyait – qui tranche avec ce qui précède et nous laisse désorientés.


Fiche du film


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