My cousin Rachel


My cousin Rachel

Un film de Roger Michell

Avec Rachel Weisz, Sam Claflin, Holliday Grainger, Iain Glen

En adaptant ce roman de Daphné du Maurier, Roger Michell nous offre un Hitchcock en costumes du XIXème.

Article de Jean-Max Méjean 4 étoiles



Intensité psychologique

Voici le septième film de l’éclectique réalisateur d’origine sud-africaine, Roger Michell toujours très à l’aise dans le changement de style et de ton, passant de Coup de foudre à Notting Hill (1999), à Week-end royal (2013) et Un week-end à Paris (2014). Pour My cousin Rachel, il nous régale d’un très beau film en décors et costumes, à l’anglaise, dans la région de Devon, au début du XIXe siècle. S’inspirant du huitième roman à succès de Daphné du Maurier écrit en 1951, My cousin Rachel reste fidèle à l’esprit de la romancière dont l’œuvre est caractérisée par une remarquable alliance de passion, de suspense et de portraits d’une grande intensité psychologique de personnages plongés dans des relations souvent obsessionnelles. Ce n’est pas pour rien qu’elle a beaucoup inspiré Alfred Hitchcock qui a adapté trois de ses œuvres, La Taverne de la Jamaïque (1939), Rebecca (1940) et Les Oiseaux (1963). 
 
 
 


Un monde en pleine mutation


Ce roman a déjà été adapté à l’écran par la Fox dès sa parution en 1952 par Henry Koster sous le même titre, avec Richard Burton et Olivia de Havilland, et proposé pour quatre Oscars. Mais le nouveau film de Roger Michell est loin d’en être un remake. Il possède une force et une intensité qui vous réconcilient avec le cinéma actuel. Il ne faut surtout pas bouder son plaisir : cette nouvelle adaptation est une réussite totale, ne serait-ce que par l’interprétation exceptionnelle des deux personnages principaux : Rachel Weisz dans le rôle de Rachel et Sam Claffin, dans le rôle de Phillip dont la beauté et la présence ont frappé le réalisateur qui confie au dossier de presse : « On lui a demandé de venir faire quelques essais image, et il s’est montré extrêmement persuasif. Il est sensible, intelligent, juvénile, vigoureux. » Tout ce qu’il fallait pour ce rôle qui joue à la fois sur la force morale du jeune homme et sa faiblesse psychologique dès lors qu’il tombe amoureux de sa cousine. Les autres rôles sont aussi magnifiques et l’ensemble des acteurs contribue à donner le ton du film, entre mystère et poésie des grands espaces autour de Devon, surplombant la mer par de grandes falaises, et la vie s’y déroulant la plupart du temps à cheval pour braver les intempéries et les espaces.

 
 
 
 

Du Jane Austen post-freudien


Il est difficile de parler de ce film sans en déflorer l’intrigue qui en fait toute sa force. Disons qu’il repose sur la description d’un milieu très aisé dans l’Angleterre du début des années industrielles, à la fin du règne de la reine Victoria. Roger Michell a tenu à changer d’époque car le roman de Daphné du Maurier était plutôt intemporel. Cette inscription dans une époque à la fois rigide et qui commence à se lâcher lui donne plus de force. Le personnage de Rachel est très riche, à la fois inquiétant, mystérieux, déplacé (puisqu’elle est d’origine italienne), sulfureux. On ne saura jamais ce qui la meut vraiment et c’est le désir du metteur en scène lui-même. À ce titre, en même temps qu’une mise en scène maîtrisée, des costumes parfaits imaginés par Dinah Collins et une photo sublime, le film est une réussite parce qu’il joue sur toutes les cordes des sentiments humains, dont la palette est, on le sait, quasi infinie. En résumé, un film joue entre les lignes, entretient la passion et le mensonge et nous plonge dans un univers entre réel et imaginaire. « L’intrigue du roman se déroule au XIXe siècle, déclare le réalisateur dans le dossier de presse, mais il a été écrit en 1950. Selon moi, c’est du Jane Austen post-freudien. D’un côté, c’est un thriller en costumes ayant pour thèmes l’amour ou encore les propriétés terriennes ; mais de l’autre, on y aborde aussi la sexualité, l’émancipation et le statut social des femmes dans une société patriarcale. » En effet, Rachel fait ici figure d’extraterrestre, de femme libre et belle tombée du ciel dans une société encore très formaliste. D’où l’ambivalence de son personnage perçu de différentes manières.


Fiche du film


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