Celle qui vivra


Celle qui vivra

Un film de Amor Hakkar

Avec Meryem Medjkane, Muriel Racine

La rencontre de deux femmes que tout pourrait opposer donne l’occasion à Amor Hakkar de revenir sur une plaie encore douloureuse.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



La guerre d’Algérie au quotidien

Amor Hakkar est un cinéaste qu’il faut vraiment suivre. Avec ce cinquième long métrage, il nous offre un petit détour vers la guerre d’Algérie mais sans la repentance, sans le discours mièvre et hypocrite des politiques contemporains. La guerre d’Algérie vue par les petites gens, qu’ils soient Algériens ou Français, entraînés dans une guerre qui a dépassé l’entendement et qui, comme toute guerre, ne fait de quartier dans aucun camp. C’est surtout une guerre vue par les yeux d’une petite fille, cachée, terrorisée, qui vient de voir son père abattu par les soldats français et qui sera sauvée pourtant par l’un d’entre eux. Vingt ans après, alors qu’elle est devenue institutrice dans son douar, Aïcha, dont le nom en arabe veut dire « celle qui vivra », reçoit la visite d’une mystérieuse française. Elle est la mère du jeune soldat qui l’a sauvée vingt ans plus tôt. Par leurs récits croisés, nous en apprendrons beaucoup sur l’histoire de l’Algérie, sur la guerre que Prévert qualifiait bien sûr de « connerie », mais surtout sur l’éternel féminin : son courage, ses amours passionnées et le secret de la vie que la femme conserve en elle pour toujours.
 



Aicha, celle qui vivra


Dans le film, d’ailleurs, le point de vue est souvent celui de l’homme comme en toute guerre, mais dans ce village encerclé par des soldats français dont le capitaine coriace, qui veut se venger pour des raisons que nous apprendrons vers la fin, est le chef de file. Mais les femmes sont présentes, en filigrane, et elles ne sont pas les moins courageuses, bien au contraire. L’une d’entre elles, pour prévenir les fellaghas, n’hésitera pas à sortir avec sa bicyclette et ses pots de lait avant de se faire abattre presque sans sommation.
 



Un cinéma non politique mais puissant


Amor Hakkar, dont le style ne cesse de s’affermir et qui nous offre un film splendide, ne porte dans ses films jamais aucun jugement. Non pas qu’il soit neutre, mais il est un humaniste qui tente de comprendre pourquoi le monde va si mal, et comment pourrait-on y remédier, même de façon très modeste. Il ne fait pas non plus un cinéma militant, voire simplement politique, mais un cinéma humain et tendre qui fait comprendre bien des choses et bien des sentiments. Deux femmes meurtries, qui n’ont pas fini de faire leur deuil de la guerre, et que tout pourrait opposer, se rencontrent pour découvrir le mystère qui a brisé leur vie. Voici une nouvelle manière d’aborder une guerre qui n’a pas encore fini de faire parler d’elle et qui a entaché l’histoire de deux pays d’une manière qui, espérons-le, ne sera pas indélébile.


Fiche du film


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