Le Vénérable W.


Le Vénérable W.

Un film de Barbet Schroeder

Beau documentaire qui clôt « la trilogie du mal », mais un peu naïf et univoque. Finalement les bouddhistes seraient des hommes comme les autres ?

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



La trilogie du mal

Voici le troisième (et dernier) volet de ce que Barbet Schroeder a appelé un peu pompeusement la « trilogie du mal » commencée en 1974 avec le portrait du dictateur ougandais Général Idi Amin Dada : Autoportrait, puis en 2007 avec celui de Jacques Vergès, L’Avocat de la terreur. Le principe de ce style de documentaire est simple. Barbet Schroeder et son équipe prennent rendez-vous avec le « monstre » et le réalisateur lui pose toutes les questions pour le pousser dans ses derniers retranchements sans jugement de valeur, mais pour mettre en avant le mal dans toute son horreur. Pour ce dernier opus, il a choisi de rencontrer le vénérable bouddhiste Wirathu, en lui expliquant qu’il avait réussi à faire imposer à son pays les lois raciales que Marine Le Pen voudrait faire instaurer en France si elle est élue (les élections françaises, et le résultat que l’on sait, étaient encore loin). Le discours du vénérable W. donc, puisque Barbet Schroeder hésite à l’appeler de son nom entier comme pour bien insister sur l’anathème qu’il lui jette, est tellement insupportable qu’il va le tempérer en faisant intervenir deux autres vénérables dignitaires bouddhistes qui ne sont pas d’accord totalement avec Wirathu, devenu une véritable icône en Birmanie, fomentant des révoltes, encourageant les habitants à brûler les maisons des Rohingyas, etc.

 



Angélisme, populisme et nationalisme


Dans sa forme, le film est bien sûr très intéressant mais c’est au niveau du fond qu’il pêche un peu par angélisme. On est tout d’abord en droit de se demander pourquoi n’avoir choisi que ces trois seules figures du Mal, alors qu’il est partout. Pourquoi ne pas avoir choisi de rencontrer par exemple un dirigeant de Daesh pour un quatrième volet ? Est-ce trop risqué ? D’autre part, comme tous les intellectuels français qui, jusqu’à l’élection d'Emmanuel Macron, se disaient de gauche, le terme de populisme est utilisé ici à tort et à travers, mais surtout de manière purement péjorative. Le terme le plus judicieux pour caractériser la politique incarnée par le Vénérable W. serait plutôt nationalisme. Même si les méthodes qu’il propose sont plus que radicales, même si son discours est raciste, il n’en demeure pas moins qu’il représente la lutte de deux manières radicalement opposées de voir le monde et la religion. De plus, si l’on veut analyser objectivement la situation, il ne faut pas oublier de situer géographiquement la Birmanie, au bout d’une péninsule qui débouche sur des pays à l’islam en voie de radicalisation.
 



Le danger du fanatisme religieux


On le sait, et il le fait savoir implicitement, Barbet Schroeder est devenu bouddhiste. C’est bien sûr son droit le plus strict, mais la religion est, quelle qu’elle soit, mauvaise conseillère. Il est choqué qu’un dignitaire de la religion dite de l’amour universel tienne des propos aussi maléfiques et choquants. C’est se montrer bien naïf sur la realpolitik d’autant qu’il semblerait que Wirathu soit bien sûr soutenu, ou du moins entendu, par le gouvernement militaire depuis des années. Sous prétexte de bouddhisme sans doute mal digéré, puisqu’il est difficile d’admettre qu’il y ait une religion au-dessus des autres, une « petite voix bouddhiste » (celle de Bulle Ogier, en l’occurrence) lit des paroles du Bouddha qui parle d’amour pouvant vaincre la haine et qui ne dépareraient pas sur les diaporamas exhibés toutes les vingt secondes sur FaceBook.

En route vers l’Apocalypse ?

Á l’heure où le terrorisme islamiste s’implante partout dans le monde et de manière particulièrement violente, les pays occidentaux n’ont rien trouvé de mieux que de faire réciter en boucle le mantra : « Vous n’aurez pas ma haine ». Le film semble avoir oublié que le mal est universel et n’épargne personne, qu’il est la force qui meut le monde et que l’amour, prôné d’ailleurs aussi par le christianisme, n’a pas grand poids lorsque le mal devient intolérable. Pouvions-nous vaincre le nazisme avec des fleurs et des chansons ? Non, ce qui est le plus inquiétant dans ce film se trouve à la toute fin lorsqu’on mesure le poids idéologique des religions sur la marche des sociétés en voyant ces foules fanatisées et uniformisées que tout oppose et opposera : les moines rasés en safran et les barbus calottés vêtus de blanc. Forces irréconciliables, dogmatiques, prêtes à en découdre jusqu’à vouloir finalement l’Apocalypse.


Fiche du film


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