K.O.


K.O.

Un film de Fabrice Gobert

Avec Laurent Lafitte, Chiara Mastroianni, Pio Marmai, Clotilde Hesme

Semi-réussite pour un film à la manière hollywoodienne qui aurait dû choisir plus clairement son style.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Portrait d’un antihéros

Deuxième film après Simon Werner a disparu (2010) et deux saisons de la série Les Revenants sur Canal +, K.O. se présente comme une sorte de fable sur le pouvoir. D’une histoire simple en apparence, le réalisateur va nous proposer une trame à plusieurs niveaux de lecture : Antoine Leconte, interprété par un Laurent Lafitte, toujours impeccable, est un homme de pouvoir arrogant et dominateur, tant dans son milieu professionnel que dans sa vie privée. Au terme d’une journée particulièrement oppressante, il est plongé dans le coma. À son réveil, plus rien n’est comme avant. Il faudra alors se poser les questions de circonstance, à savoir : où est le réel, quelle est la morale de l’histoire, y a-t-il un sens et, si oui, le film va-t-il aussi loin que son synopsis le laissait présager ?

Le monde impitoyable du travail

Fabrice Gobert explique en quelques mots dans le dossier de presse l’intention de son film au départ : « L’écriture de K.O est née de plusieurs envies. Avec Valentine Arnaud, ma coscénariste, nous avions le désir de parler de la violence au travail, des rapports de pouvoir, du mépris, de l’incapacité qu’ont certains à se mettre à la place de l’autre. Mais nous ne voulions pas aborder ces sujets de manière frontale. Nous voulions prendre un biais. Valentine a eu cette idée d’un scénario qui s’inspirerait d’une certaine manière de ces comédies américaines où l’on voit la vie d’un type basculer dans un univers totalement différent de celui dans lequel il évoluait jusque-là. »
 



Des références au cinéma

Le film est parsemé de citations cinématographiques, puisqu’on entrevoit une affiche de L’Enfer, film d’Henri-Georges Clouzot (1964), et d’allusions à des films hollywoodiens de l’âge d’or qui aimaient mettre en scène de grandes stars masculines dans des situations absurdes, telle celle de Chérie, je me sens rajeunir (Howard Hawks, 1952), ou plus récemment Chérie, j’ai rétréci les gosses (Joe Johnston, 1989). Mais, malgré son talent, Laurent Lafitte n’est pas encore Cary Grant. Le film manque un peu de maturité et de réalisme. Il hésite de surcroît entre une vision politique du monde du travail et un climax absurde voire surréaliste qui aurait gagné à être plus étoffé. Le parti pris serait excellent s’il y avait de la matière, mais la critique du monde machiste du travail perd de son sel dans cette manière de montrer l’antihéros d’une manière aussi ambiguë après l’avoir campé, au début, comme un affreux bonhomme.

Ni rédemption, ni tension

En effet, la rédemption n’est pas du tout le but de ce film qu’on oubliera malheureusement très vite et qui aurait pu pourtant se concentrer plus précisément sur un propos social ou moral. Commencé en trombe, il se perd peu à peu dans des considérations hésitantes qui lui font perdre tout son sel. Car le but de Fabrice Gobert est de placer le spectateur au cœur du doute et, à ce niveau, on peut dire alors que son film est réussi lorsqu’il déclare dans le dossier de presse : « J’adore qu’au cinéma on stimule mon attention, mon intelligence, mon imagination. C’est vrai que dans cette première partie on pressent que la "belle" situation d’Antoine est précaire. Des indices disséminés laissent à penser que ce modèle vacille. Cette réussite insolente et assez insupportable est en danger. Il y a autour d’Antoine plein de signaux qu’il ne voit pas mais que nous percevons. Cela crée une tension qui j’espère donne déjà un certain plaisir au spectateur. J'ai envie qu'il se demande quelle est la véritable réalité. Si l'on est dans un fantasme ? L’idée est ici de modifier sans cesse la place du spectateur. »


Fiche du film


Logo IEUFC