Rara


Rara

Un film de Pepa San Martín

Avec Marianna Loyola, Agustina Muñoz

Au Chili, depuis octobre 2015, les couples de même sexe ont la possibilité d’une union civile. "Rara" nous montre pour la énième fois les problèmes que rencontrent ces familles gays.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



« Familles, système clos, je vous hais »

Encore un film sur les familles recomposées ! Le cinéma actuel pêche par excès d’engagement sinon politique, du moins sociétal, comme s’il avait du mal à trouver des sujets qui intéressent le spectateur. Ou parce qu’il s’imagine que le spectateur, déjà gavé d’informations télévisées et de sitcom, aime qu’on lui déverse ad libidum de ce qu’il vit tous les jours dans une société de plus en plus coercitive. Cependant, s’agissant d’un film chilien sur une famille recomposée où les enfants sont élevés par un couple de lesbiennes, il aurait été sans doute intéressant de voir quel est le point de vue de ce pays d’Amérique latine catholique qui a connu naguère la dictature. Hélas, il ne semble pas si éloigné du point de vue occidental comme si le monde entier était devenu si étriqué rt qu’il en est partout la copie conforme. Pourtant, dans sa note d’intention, la réalisatrice avait pris la peine de bien préciser : « Le film est basé sur des faits réels de discriminations, une histoire vraie de jugements et de procès. Mais je crois que Rara est avant tout un film d’amour, d’innocence ; il parle de la perte, de la façon dont on peut l’affronter sans perdre sa propre identité. »
 
 
 
Une histoire d’amour

Il y a souvent un pas entre l’intention et l’action et, hélas, Rara se donne souvent grâce au prisme d’un ensemble de clichés un peu usés qui traînent dans tous les films qui se veulent d’avant-garde et qui ne sont, finalement, que de pâles copies de la réalité. Le politiquement correct est tellement bien installé dans nos modes de pensée que ce qui pourrait faire scandale, notamment des enfants élevés par deux femmes qui vivent ensemble et s’aiment, devient une histoire d’une banalité à pleurer. Bien sûr, les sempiternels problèmes avec le père, avec l’école, avec les camarades sont évidemment évoqués, mais nous n’y apprenons rien de bien nouveau. Malgré une photo bien léchée, des décors d’appartements modernes qui pourraient aussi bien se trouver à Paris, Berlin ou Moscou, Rara décline avec délectation la même chanson sur la volonté des parents gays de se fondre dans la masse.

Une affaire de famille


Autrefois l’homosexualité était une terrible douleur, un combat de tous les jours contre l’injustice et la mort, maintenant on assiste à l’homosexualité popote avec ses petits drames intimes, ses petites jalousies et surtout sa manière insidieuse de devenir tellement banale. Après avoir hésité entre documentaire, puisque le film est inspiré d’une histoire vraie, et fiction, la réalisatrice a finalement opté pour cette deuxième solution et a choisi de prendre le point de vue des petites filles. Il a fallu un casting très pointu pour les trouver et un long et patient travail d’improvisation. Pepa San Martin n’avait pas droit à l’erreur et on peut dire sans se tromper que le film repose en fait sur ces deux fillettes qui sont parfaites et qui sauvent le film de son côté un peu gnangnan.


Fiche du film


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