Cessez-le-feu


Cessez-le-feu

Un film de Emmanuel Courcol

Avec Romain Duris, Céline Sallette, Grégory Gadebois, Julie-Marie Parmentier

Un énième film sur la Grande Guerre, et rien de nouveau.

Article de Maxime Lerolle 2 étoiles



Cent ans après la boucherie du Chemin des Dames et de la Grande Guerre sort un énième film sur les séquelles de ce massacre collectif. Après À l’Ouest rien de nouveau (1930),  Les Sentiers de la gloire (1957) ou encore Un long dimanche de fiançailles (2004) pour n’en citer que quelques-uns, qu’apporte Cessez-le-feu à la mémoire de la Première Guerre mondiale ? Rien, sinon le recyclage de vieux clichés.

Un film fourre-tout

Le premier long métrage d’Emmanuel Courcol se perd dans un fatras d’intrigues secondaires toutes plus mélos les unes que les autres. Nous avons droit respectivement : au fils aîné exilé en Afrique après la guerre ; au cadet que la peur a rendu muet ; au benjamin disparu dans la tranchée ; à la jeune divorcée d’un mari aliéné par la guerre, etc etc… Comme si le film essayait d’embrasser d’un seul geste tous les traumatismes de l’après-guerre.

Or, à vouloir parler de tout, on ne parle de rien. Cet enchevêtrement d’intrigues – dont on ne saurait dire laquelle est principale, sinon que le récit a lieu en 1923 – reste à la surface des choses. Trop dispersé, le film manque de concentration dramatique. Et de ses tragédies personnelles, nous ne voyons que de pâles fantômes, des ersatz des grandes histoires qui avaient su frapper au cœur de la douleur.




La mise en scène du vide
 
L’impassible visage de Romain Duris, qui joue ici l’ex-capitaine Georges Laffont, dégoûté de l’Europe au point de tenter l’aventure africaine, concentre à lui seul la vacuité de Cessez-le-feu. Derrière la barbe fournie et les traits sévères, aucune expressivité. Dans son regard ne brille rien, sinon le cynisme. Et lorsque Duris parle, comme lors d’un coup de gueule à l’encontre d’Hélène (Céline Salette), ne sort de sa bouche qu’un florilège de clichés sur l’horreur des tranchées.

À l’instar de Georges, Cessez-le-feu traverse les années 20 aveuglé par le cynisme. Tout semble inerte, morbide, dans la photographie pâle de Tom Stern, d’ordinaire photographe des films de Clint Eastwood. Cet univers de spectres n’a plus aucune valeur : sans énergie, Georges et la caméra contemplent un monde que les patrons exploitent de nouveau, n’hésitant pas à se faire de l’argent en déminant les champs de l’Argonne.

Sans point de vue fort, sinon le froid portrait d’une époque, Emmanuel Courcol légitime les pires clichés. La séquence africaine, au début du film, en regorge : les habitants de la Haute-Volta sont fascinés par les « Tour Eiffel magiques » que leur vante Diofo (Wabinlé Diafé), vénèrent des idoles archaïques, ne comprennent pas la générosité de Georges Laffont. Tout un imaginaire néo-colonialiste que le film redéploie, par faiblesse de la mise en scène. Classique au possible, cette dernière échoue à la fois à explorer un drame intime et à brosser le portrait d’une époque. Coincé quelque part entre le singulier et le général, entre le mélodrame et la révolte, Cessez-le-feu ne porte en lui que le vide d’une mémoire dépolitisée.

 


Fiche du film


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