Le goût du tapis rouge


Le goût du tapis rouge

Un film de Olivier Servais

Documentaire non pas sur l’envers du décor du célèbre festival, mais sur ceux qui y vivent en marge, les oubliés des paparazzi, les sans grade, les travailleurs et les badauds.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



La grande machinerie cannoise

Ce film est plutôt destiné aux rares Terriens qui n’auraient jamais vu d’images à la télévision sur l’autoproclamé plus grand festival de cinéma du monde, celui de Cannes bien sûr, ou qui n’y seraient jamais allés. C’est pourquoi la sortie du film coïncide avec l’ouverture de la 70e édition du festival, le mercredi 17 mai 2017. Pour tous les autres, qui y sont déjà allés ou qui s’en gavent à la télé, ce film ne vous apprendra pas grand-chose, sinon une sorte de mise en abyme de la photographie. Car il est vrai qu’à Cannes, on passe son temps à photographier ou à se faire photographier. Fut un temps, il paraît que monsieur Thierry Frémaux aurait tenté d’interdire les selfies sur les marches, autant dire tenter l’impossible. Car le festival de Cannes est quand même un triste bordel organisé : tout le monde veut y être quelque chose, à défaut d’être une star, et chaque badaud, chaque photographe, chaque festivalier, chaque employé, se prend pour ce qu’il n’est pas comme s’il suffisait d’y être pour être enfin quelqu’un. Mais très vite, on devient désenchanté car la grande machinerie cannoise est décevante : chacun reste à sa place et personne ne peut entrer dans l’Olympe s’il n’y est dûment invité. Tous les autres font de la figuration, même pas intelligente. Quant à la devise de l’Académie platonicienne : « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre », pourrait devenir ici : « Nul n’entre ici s’il n’est photographe ». On photographie jusqu’à la nausée et on voit bien en fait de quoi meurt notre civilisation. Elle meurt de l’image et c’est sans doute une des intentions de ce film.

Photographier jusqu’à la nausée


Olivier Servais, le réalisateur, est l’auteur de deux autres documentaires, dont le remarqué Parti de campagne, en 2013, qui suit, de janvier à juin 2012, Denis Duperthuy, un jeune élu local PS en campagne pour les législatives. Et, en 2009, Passion et Patience de la Créativité Révolutionnaire, en collaboration avec Aude Servais. Pour Le goût du tapis rouge, servi par de très belles images (et le son direct) de Thomas Lavorel, il s’est infiltré partout dans Cannes afin de filmer toutes les petites gens qui sont là, soit pour tenter de participer à ce festival mythique, soit parce qu’ils y travaillent : on croisera de nombreuses personnes discrètes ou hautes en couleurs, depuis l’éboueur, le balayeur, le vigile, les lycéennes en goguette qui attendent leur star, les belles passantes, les starlettes et surtout ces fans qui installent pour la durée du festival un escabeau ou un tabouret, amarrés avec des chaînes et des cadenas devant les célèbres marches. Juste pour voir, pour toucher, ou pour avoir un sourire ou un autographe de tous ces demi-dieux. Mais la plupart se plaignent que les stars ne sont plus comme autrefois et ne daignent même plus leur jeter un regard.

Un point de vue sociologique sur le festival

De ce point de vue, le film est un beau travail car Olivier Servais réussit la gageure de ne pas rendre le festival encore plus glamour, il n’en a pas besoin. La note d’intention y est respectée à la lettre telle qu’on la trouve dans le dossier de presse : « Le but est de montrer la manière dont les gens ordinaires vivent dans l’espace qui leur est imparti. Ainsi, ils manifestent la volonté de participer activement à l’événement et de ne pas se contenter d’être spectateur. Cette présence est faite d’astuces multiples et de petites désobéissances à l’ordre établi. Le film cherche à narrer ces initiatives et à montrer la construction de la diversité de ces réalités identitaires. »


Fiche du film


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