Adieu Mandalay


Adieu Mandalay

Un film de Midi Z

Film digne et tout en retenu sur le drame des migrants en Asie du Sud-Est et sur les ravages de l’amour. Réaliste et bouleversant.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



À partir d’un fait divers

Grand Prix du 36e Festival international du film d’Amiens, ce quatrième long métrage de Midi Z, à qui le Festival international du Film de La Rochelle a rendu hommage en 2014, est d’une grande beauté et vient à pic pour sensibiliser les spectateurs à la tragédie des travailleurs obligés de s’expatrier. En partant d’un fait divers que son père lui avait raconté lorsqu’il exerçait comme médecin, Midi Z est parvenu à écrire et mettre en scène un film de fiction en racontant une sorte de Roméo et Juliette à la frontière entre Thaïlande et Birmanie.
 

L’art ne change rien à la vie, hélas


De nos jours, on ne parle plus que du problème des migrants, auquel personne n’a encore trouvé de solution, et pourtant le malheur est bien là. De nombreux documentaires s’emploient à dénoncer ce scandale, mais aucun ne peut changer le monde. Dans sa note d’intention, Midi Z explique de façon modeste sa démarche cinématographique car, comme l’affirme Woody Allen, l’art ne peut rien changer à la vie, hélas. « Tous les jours, autour de moi, naissent des histoires, écrit Midi Z. Chaque jour se joue une nouvelle tragédie. J'ai parfois le sentiment que le cinéma est impuissant. Qu'il ne peut que constater et observer, sans pouvoir réparer notre réalité. Le cinéma ne peut pas changer le monde réel, il ne peut être que l'expression qu'en donne un individu. Ce n'est qu'en allant au plus loin de cette expression que l'on rend justice aux humiliés et aux offensés réels. Ce n'est qu'en allant au bout de cette expression que l'on trouve pour soi un peu d'apaisement et de consolation. »
 

 

Des acteurs magnifiques
 
Au départ, par amour du documentaire et de la réalité sociale, Midi Z avait pensé donner les rôles titres à des acteurs non-professionnels. Mais il s’est très vite aperçu que cette histoire serait encore plus intense interprétée par des acteurs professionnels. Il a choisi deux stars du cinéma d’Asie du Sud-Est : Kai Ko dans le rôle de Guo, et Wu Ke-Xi dans le rôle Liangqing. Ils sont absolument remarquables tous les deux, d’une grande retenue et d’une dignité qui en font des icônes de la souffrance des travailleurs clandestins passé en Thaïlande et qui n’ont qu’une envie, s’intégrer et se sentir plus libres qu’en Birmanie. Liangqing et Guo, deux jeunes Birmans, émigrent donc clandestinement en Thaïlande. Tandis que Liangqing trouve un emploi comme plongeuse dans un restaurant de Bangkok, Guo est embauché dans une usine textile. Sans papiers, leur quotidien est plus que précaire et le jeune couple ne partage pas les mêmes ambitions. Guo, de son côté, veut gagner assez d’argent pour retourner en Birmanie pour y ouvrir un magasin de vêtements, Liangqing est prête à tout pour obtenir un visa de travail et échapper à sa condition, jusqu’à acheter ses papiers pour pouvoir obtenir un vrai emploi.



Une insertion dans les usines thaïlandaises
 
Ce film d’une beauté rare, a le mérite à la fois de raconter une sombre histoire d’amour entre un jeune homme à la beauté altière et à la candeur des minorités ethniques, qui à vingt-cinq ans s’éprend d’un amour fou lors de leur passage clandestin de la frontière d’une jeune fille, issue de la campagne birmane, mais très cultivée et fort élégante. Confrontée à l'oppression, aux préjugés et aux inégalités d'une société patriarcale, elle refuse tout compromis et ne renonce jamais. Elle ne songe qu'à échapper à sa condition subalterne d'ouvrière pour grimper dans l'échelle sociale. C’est ce drame, né de la divergence entre deux êtres, que raconte ce très beau film, inspiré d’un fait divers. Midi Z l’a tourné en décors naturels, dans des lieux réels, comme le restaurant ou l’usine textile qui donnent une image réaliste de la condition ouvrière en Thaïlande, miroir aux alouettes de tous ces damnés de la terre qui ne font que s’y enfermer dans une plus grande cage. L’histoire d’amour est seulement évoquée par quelques plans bouleversants qui se répondent à deux moments clés du film, simple geste de deux mains qui se cherchent et qui suffit à tout dire de l’amour.


Fiche du film


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