Plus jamais seul


Plus jamais seul

Un film de Alex Anwandter

Avec Sergio Hernandez, Antonia Zegers, Andrew Bargsted

Inspiré d’un fait divers, ce film nous offre un réflexion nouvelle sur l’homophobie mais aussi sur le désarroi d’un père, le tout dans une ambiance musicale.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Un fait divers atroce

Scandalisé par le meurtre du jeune Daniel Zamudio, victime d’un crime homophobe, Alex Anwandter, musicien et cinéaste chilien très populaire dans son pays, décide de passer à la réalisation. Il est d’autant plus ému par ce meurtre que le jeune Daniel était l’un de ses fans et qu’ils s’étaient rencontrés à plusieurs reprises. Inconcevable en France ? En effet, imaginerait-on Pascal Obispo réaliser un film pour défendre la mémoire d’un fan travesti assassiné par des homophobes ? Au Chili, apparemment ça peut se dire, ça peut se faire ; d’autant plus surprenant que ce premier film, venant en plus d’un artiste qui n’est pas de la profession, est plutôt une réussite.

Se transformer, séduire

Il raconte l’histoire de Pablo, jeune lycéen homosexuel, qui vient de se prendre pour passion pour le transformisme. Avec sa copine, qui en pince franchement pour lui, Pablo va se maquiller, s’habiller en femme et donner des récitals amateurs. Seul au foyer avec un père qui aime bien se servir un whisky en rentrant tous les soirs fort déprimé, la vie de Pablo n’est pas bien gaie. D’ailleurs, les couleurs et les éclairages maronnasses de leur appartement n’incitent pas à la joie de vivre. Son père, interprété par Sergio Hernandez, acteur chilien et collaborateur de Raul Ruiz, travaille dans une fabrique de mannequins, qui l’entourent et servent de décor à de nombreuses séquences. Ce sont pour la plupart des mannequins masculins mais privés bien sûr de leurs organes sexuels. Corps sans vie, pâles et blanchâtres copies de la réalité, ils servent de prolepse à la condition des hommes anonymes et inertes qui entourent le jeune Pablo. Et cette image renvoie aussi à la problématique du père qui ne s’occupe pas vraiment de l’éducation de son fils et le considère presque comme un de ces objets à forme humaine qui l’entoure et sert parfois de présentoirs.
 
 
 

Choquer, souffrir, disparaître

Dans un Santiago imaginaire, toutefois aussi sordide que fut le Bronx des années 70, la vie s’écoule pour Pablo, entouré de vagues copains, d’un petit ami homosexuel honteux, mais surtout d’une kyrielle de femmes, notamment une voisine envahissante qui a jeté son grappin sur le père de Pablo. Le film commence d’ailleurs par une scène où l’on voit Pablo se préparer, se maquiller pour revêtir une robe de femme. La voisine tape à la porte, elle peut d’ailleurs l’apercevoir à travers le verre dépoli, mais Pablo se cache et lui répond sans lui ouvrir. Elle devra attendre le retour de son père.

Un père entouré de mannequins

Un jour, alors qu’il s’est fait teindre en blond en compagnie de sa copine, il est agressé par la petite bande à laquelle appartient son ami. Personne n’intervient pour le défendre, pas même son amie, et Pablo sera laissé pour mort sur le sol, tabassé violemment par de jeunes homophobes, incités à la haine par un garçon légèrement plus vieux et plus sadique. Commence alors la deuxième partie du film. Tandis qu’on pensait regarder un film sur un jeune voulant devenir travesti, voire transgenre, on découvre cependant que le personnage principal devient le père, avec le combat qu’il va entreprendre pout tenter de sauver son fils, actuellement à l’hôpital et complètement défiguré.

Un monde de violence

Le film pose bien sûr la question de la violence faite aux homosexuels encore de nos jours, même si on nous rebat les oreilles en parlant de changement et de tolérance. Les corps des homos et les corps des femmes sont toujours autant en danger. Et lorsque la violence a été accomplie, on se sent bien démuni, désespéré, enragé, comme ce père qui ne saura comment réagir autrement qu’en commettant l’irréparable. Film de musicien, avec un travail intéressant sur la musique alliant l’opéra, la musique folk et l’adaptation espagnole de Lucio Battisti, Plus jamais seul est aussi une belle métaphore sur la grande solitude de notre monde assourdi de bruit et de fureur.

 


Fiche du film


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