La Consolation


La Consolation

Un film de Cyril Mennegun

Avec Alexandre Guansé, Corinne Masiero

Sur un sujet aussi difficile que le deuil, une œuvre forte et délicate.

Article de Jean-Michel Pignol 3 étoiles



Cinq ans après Louise Wimmer, Cyril Mennegun revient sur nos écrans avec une œuvre située aux antipodes de la première. La consolation ne se raconte pas, elle se vit. A condition d’en accepter l’optique non conventionnelle et affirmée de la mise en scène. Un récit minimaliste, une dilatation du temps diégétique, pour s’attacher uniquement aux émotions et sensations d’un homme et d’une femme touchés par la douleur du deuil. Nul doute que la réception publique risque d’être radicalement binaire. Trop froide et hermétique pour certains, bouleversante et profonde pour les autres, l’œuvre ne peut laisser personne indifférent. Qu’importe, la maitrise formelle de Cyril Mennegun mérite d’être louée autant pour sa richesse que pour sa singularité. Malgré les difficultés à convaincre les financeurs, disposant d’un budget restreint, l’auteur n’a cependant accepté aucune concession. Une durée de tournage réduite à 19 jours, un métrage de moins de 80 minutes, La consolation tire toute sa force et sa beauté de ses resserrements.


De pudiques épanchements

De l’existence des protagonistes, nous ne découvrirons presque rien. Quelques détails, tout au plus. Daniel (Alexandre Guansé) est pianiste. Le jeune homme entretient une relation avec sa collaboratrice, dont la présence se limitera à un corps dénudé ou à une silhouette muette. Sa mère naturelle, dont il vient d’apprendre le décès, l’a abandonné à l’âge de quatre ans. Pour quelles raisons ? Françoise (Corinne Masiero) a partagé durant des années la vie de la défunte. Comme amie ? Comme maitresse ? « Je l’aimais » se contentera t-elle de dévoiler. Seuls éléments de flashback : le dessin d’une cabane de jardin réalisé par Daniel durant sa petite enfance. Ainsi que la photo de sa mère, dans sa lointaine jeunesse, dont Daniel (re)découvre les traits. Au verso du portrait usé par le temps, deux lignes en forme d’épitaphe : « Pour que te ne m’oublies jamais ».

L’espace temps laissé vide par la narration est tout entier voué à l’intime. Une intimité jamais étouffante. Durant les longs plans séquences qui saisissent les tourments de la douleur, la caméra privilégie les cadrages larges. De très rares regards caméra, un homme et une femme qui n’hésitent pas à nous tourner le dos pour porter au loin leurs pensées : l’émotion ne paraît jamais factice. Et lorsque, sous le poids du chagrin devenu trop lourd pour un fils, Daniel s’écroule dans les bras maladroits de Françoise, le bruit de la douleur se confond avec le souffle du vent. Dans un registre affectif ô combien périlleux, littéralement habités par leurs personnages, Corinne Masiero et Alexandre Guansé se révèlent, tout simplement, d’une justesse déchirante.


Vivre

Cyril Mennegun nous confie « J’ai écrit le film d’une manière très particulière avec une colonne pour l’image et une autre pour le son. » Les scènes deviennent alors de véritables compositions où chaque élément fait sens. Le son comme véhicule émotionnel. Tantôt en opposition aux images, à l’instar de la scène de la veillée, où la respiration de Daniel se fait entendre crescendo, un cri désespéré face à l’immobilisme de la mort. Tantôt pour permettre au personnage de préserver une part de solitude, lorsque le morceau de piano interprété par Daniel ne nous est offert que par intermittence. Et surtout, le son comme sublimation du plaisir; la douce brise du vent dans les feuillages ou les gémissements masculins qui se prolongent après l’acte d’amour.

Submergés par la tristesse, les personnages résistent en exacerbant leur sensibilité : la soyeuse texture d’une étole longuement caressée par Françoise, la chaleur nostalgique des paysages d’automne, le soleil qui perce entre les arbres…. De superbes intérieurs en clair obscur, des paysages aux douces lumières tamisées, des tissus aux teintes chaudes et saturées, le nuancier est d’une richesse toute picturale : la beauté comme antidote au désespoir. A l’instar de la photographie, le soin porté aux décors participe à un troublant sentiment d’intemporalité. Forte et introspective, La consolation n’a pas fini de nous bouleverser.

A lire : l'entretien accordé par Cyril Mennegun


Fiche du film


Logo IEUFC