Nous nous marierons


Nous nous marierons

Un film de Dan Uzan

Avec Karim El Hayani, Faten Kesraoui

Après des courts métrages et un documentaire,"Redouane", Dan Uzan passe à la production et à la réalisation avec ce film qui revient sur le milieu de son documentaire : la boxe .

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Mystère de l'amour

Film assez court - 76 minutes -  il n’épuise ainsi pas le sujet et laisse beaucoup d’éléments dans l’ombre, notamment les incessants mystères de l’amour. Finalement, la boxe n’est ici qu’un prétexte pour raconter, non pas l’histoire d’un boxeur, mais l’histoire d’un amour, à moins que la boxe ne soit une métaphore du combat amoureux : donner, recevoir. À la manière des romanciers du XVIIIe siècle, mais de façon bien sûr plus abrupte et moins sophistiquée, Dan Uzan pose en fait la question de l’amour, ou plutôt de la manière dont un homme et une femme peuvent s’aimer, à quel prix, et à quelles conditions, sans vouloir tenter de comprendre comment se produit cette curieuse alchimie qui fait naître un couple et, peut-être, le faire durer. En effet, rien ne prédisposait ce couple à se former, sans doute encore moins que certains autres parce qu’encouragés par la structure sociale ou familiale. Elle, Faten, divorcée et mère d’un bébé, vivant chez son frère, tombe en amour pour Karim, boxeur amateur qui rêve de devenir champion professionnel jusqu’au jour où il se blesse. Ce sera alors l’heure du choix qui fait basculer toute vie de la jeunesse à l’âge adulte. Personne n’y échappe vraiment. Loin de Rocco et ses frères  (1961) car, à la différence de Luchino Visconti, Dan Uzan ne se penche pas suffisamment sur la famille et la psychologie de ses personnages, le film fait plutôt penser à un faux documentaire ou à Un homme et une femme (1966) de Claude Lelouch, sans le côté romance avec ses mouvements de caméra.
 


La boxe comme métaphore

Il y a cependant quelquefois de belles images, de beaux regards échangés, une belle mélancolie aussi, des personnages qui savent intuitivement qu’ils ne pourront jamais devenir complémentaires, et pas seulement parce qu’ils n’appartiennent pas à la même classe sociale. L’union passe par tant d’autres méandres, psychologiques, alchimistiques voire métaphysiques qu’il est parfois difficile de la saisir. Nous sommes ici, sans que le réalisateur en ait pleinement conscience, au cœur de la philosophie platonicienne qui définissait l’amour ainsi : « Ce qu’on n’est pas, ce qu’on n’a pas, ce dont on manque » (Platon, Le Banquet, 199e-200c, éditions Flammarion). En effet, l’amour apparaît tout au long du film, non comme une romance à l’américaine, ni comme une farce tragique à la Woody Allen, mais comme un simulacre, d’où cette fin abrupte que le réalisateur justifie de la sorte dans l’entretien qu’il a accordé à Claire Vassé dans le dossier de presse : « Quoi qu’il arrive, ils y laisseront quelque chose. Peut-être Karim annulera-t-il le mariage et perdra une femme qu’il aime et qui l’aime. Ou alors il entrera dans le costume, mais à quel prix ? Et forcément que Faten aussi en paiera les conséquences. Dans nos vies, on compose beaucoup plus avec du trouble qu’on ne trouve de réponses. Je voulais conclure sur ce trouble, ouvrir sur une question ouverte, pas réglée. » Un cinéaste, en tout cas un œil, est né dans le paysage du cinéma français, mais on espère qu’il saura rester sourd aux sirènes de la comédie commerciale pour imposer plus précisément ce qui fait son style et qui a un charme, encore débutant certes, mais prometteur.


Fiche du film


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