Inertia


Inertia

Un film de Idan Haguel

Avec Mohammed Bakri, Llanit Ben-Yaakov

Un film qui déboussole au point de faire naître une sensation de schizophrénie chez le spectateur.

Article de Ksenia Ragot 3 étoiles



Pour son premier long métrage de fiction, Idan Haguel a tout de suite eu les honneurs d'une programmation hors compétition dans la catégorie Forum de la Berlinale en 2016.
Mira, une femme au visage fascinant, se réveille un beau matin après un cauchemar dans lequel elle a vu une chose atroce arriver à Benny, son mari. Elle constate alors qu'il n’est pas à la maison et que la porte d’entrée est ouverte. Le soir même, il n'est toujours pas rentré. Le lendemain non plus. Mira déclare sa disparition à la police qui ne peut rien faire pour le retrouver.

Tout le film se développe autour de l'état un peu méditatif de Mira, dévorée tantôt par l’anxiété, tantôt par l'envie d'aller rechercher de nouvelles émotions dans le lit d’un autre homme. Le réalisateur et la coscénariste du film définissent cette humeur comme « l’inertie » présente dans chacun de nous. Ce mot utilisé initialement pour mieux définir les personnages au moment de l’écriture du scénario finit par prendre naturellement sa place dans le titre du film.
 



Une mise en scène claustrophobe

Le film joue habilement avec les cadres. Le chef opérateur israélien Edan Sasson ne cesse de multiplier les passages entre le monde normal et paranormal. Dans un couloir de métro menant vers un quai, la caméra est placée au niveau de la taille de Mira, vue de dos. La scène est filmée aau grand angle et l'on voit, au premier plan, un carrelage jaune formant de nombreuses lignes de perspective transperçant l’espace de deux côtés du couloir. La profondeur de champs est importante et la mise en scène bluffante. Ce couloir donne sur un mur en mosaïque placé de l’autre coté du quai. Au milieu du plan, le plafond forme une arche sous laquelle est placée notre héroïne attendant son train. Soudainement, un train orange envahit le milieu du cadre. Ses portes s’ouvrent, comme la bouche d’un monstre ; Mira y entre et se laisse emporter dans ce monde froid. L’appartement de Mira, par lequel elle accède via l'ascenseur  tapissé de panneaux en aluminium, est rempli de couloirs et de fenêtres qui l’enferment un peu plus dans sa solitude.
 

Histoire de couleurs

L’exploitation des couleurs qui se refroidissent en verdissant et en s’obscurcissant vers la fin du film, permet de jongler entre les ambiances romantiques - dans lesquelles Mira porte des habits fluides et pâles - et les scènes extrêmement violentes, comme celle dans la boutique de plomberies où elle est douloureusement tranchée par les verticales brillantes des robinets. Habillée d'un pull rouge, Mira y apparaît comme une véritable tache sanglante. Les couleurs transforment le visage de Mira, déjà suffisamment féroce à cause de ses traits durs, en un véritable monstre dévoreur, rempli de dégout envers Benny, éclairé par la lumière zombifiante de l’écran de télévision. Comme si Mira et Benny appartenaient tous les deux à ce monde des morts depuis un bon bout de temps, en s’y rendant chacun différemment.
Le vert est souvent remplacé par l’orange cru, qui se démultiplie dans les nombreux éléments du décor, rappel à la folie insaisissable de la situation : les cabines des funiculaires passent comme des énormes d’aquariums futuristes ; l'éventail d’une dame dans une boutique flotte ; et surtout l’horloge ronde dont la présence n’est jamais vraiment accentuée mais que l’on remarque vite, de parsa couleur orange, grâce à laquelle on constate que le temps dans le monde de Mira s’est définitivement arrêté.


Fiche du film


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