La La Land


La La Land

Un film de Damien Chazelle

Avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J. K. Simmons, Rosemarie DeWitt

Damien Chazelle met ses pas dans ceux de Demy et Minnelli. Sans être totalement à leur hauteur, le spectacle transporte.

Article de Marion Roset 3 étoiles



Une pluie de critiques dithyrambiques peut tout autant nuire à un film qu'un mauvais bouche à oreille. L'année n'a pas encore trente et un jours que voilà déjà La La Land propulsé meilleur film de l'année et, au vu des quotes qui s'étalent sur les affiches, ne pas l'aimer relèverait au pire du blasphème au mieux d'une faute de goût. La La Land n'est pas le chef-d’œuvre tant annoncé sur chaque bus parisien et ce n'est pas grave, le fait qu'il soit une fabuleuse déclaration d'amour aux comédies musicales suffit amplement.

Mia a l'espièglerie primesautière d’une demoiselle de Rochefort et Sebastian l’élégance vintage d’un Don Lockwood. A leur première rencontre ils s’insultent, à la deuxième ils se toisent mais la troisième est la bonne, dans une valse aérienne ils s’enlacent. Dans la cité des anges où chacun aspire à voir son portrait sur les murs de la ville, Mia et Seb voudraient si fort eux aussi que leurs rêves se réalisent. Elle court les castings entre deux latte dans l’espoir de décrocher le rôle qui changerait sa vie, et lui cachetonne comme pianiste dans des bars en attendant d’ouvrir sa propre boîte de jazz. Le couple qu’ils forment est en réalité un ménage à quatre : elle, lui et leurs deux passions. New York New York (Martin Scorsese, 1977) nous avait déjà prévenus, quand deux artistes s’aiment ce n’est pas de tout repos.
 

Feu d’artifice d’hommages

Un jour ensoleillé comme les autres à Los Angeles. Coincée derrière son volant dans un embouteillage multicolore, une jeune femme à la robe tournesol se met à chantonner un air disant tous ses rêves de gloire et ses échecs malgré l'envie toujours intacte ; un air vite repris en chœur par le ballet chamarré des automobilistes dont l'allure rappelle celle des adolescents de Grease (Randal Kleiser, 1978). Puis, chacun regagne sa voiture et les coups de klaxon reprennent. La fête est finie messieurs dames, la réalité vous demande. D’emblée, le la est donné par cette séquence en forme de manifeste, Cinémascope et Technicolor laissent augurer un hommage aux entrechats et ritournelles des musicals américains . Il y aura bien sûr le pas de deux sous les étoiles façon The Band Wagon (Vincente Minnelli, 1953) pour une non déclaration, le numéro de claquettes à la Fred Astaire ; naturellement le bleu du ciel sera plus bleu que jamais, les étoiles plus étincelantes qu’ailleurs et tout cela sera enivrant. La griserie à l’état pur, de celle qui donne envie de rentrer dans l’écran pour rejoindre la danse. Mais à l'exception des morceaux de bravoure qui encerclent le film Damien Chazelle ne recherche pas les numéros sensationnels, comme s’il était plus attiré par tout ce que transmet la comédie musicale plutôt que par ce qu'elle peut avoir de spectaculaire.
 

« I’m laughing at clouds »

Il est vrai que de ce genre, on retient surtout qu'il est le théâtre de joies intenses et d'amours rêvées...en oubliant que tout n'est pas si rose chez les héros de musicals. Si les collines prennent vie au son de la musique, elles s’étioleront au bruit des bottes comme le pauvre shtetl d'Anatevka (Un violon sur le toit, Norman Jewison, 1971). Une fois Mia et Sebastian en couple, les feux des projecteurs se tamisent pour se recentrer sur leurs compromis, leurs doutes et leurs déboires. Sans tomber dans le dolorisme de Whiplash (2014), le réalisateur ne se résout décidément pas à concevoir le succès sans son lot de douloureux renoncements et de sacrifices. Alors le bonheur laisse doucement la place à la mélancolie, jusqu’à ce que les deux se fondent dans une séquence finale où tout se passe comme si les tableaux d’Un Américain à Paris (Vincente Minnelli, 1951) versaient du baume sur les cœurs brisés des Parapluies de Cherbourg (Jacques Demy, 1964). A l’image de Café Society (Woody Allen, 2016), c’est la fin qui confère au scénario somme toute banal le charme nostalgique de ces rendez-vous manqués qui, pour n’être pas advenus, attristent mais dont l’existence – même rêvée – console.
Pour expliquer sa passion à Mia, Sebastian lui raconte les origines du jazz : une musique créée pour que des hommes dans l’incapacité de se comprendre puissent partager un langage commun. C’est aussi cela la comédie musicale ; un lieu où pendant un instant, des personnes existent à l’unisson dans la célébration d’une même émotion, non pas pour échapper à la réalité mais pour la sublimer. Pour pouvoir danser, même sous la pluie.


Fiche du film


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