Valley of Stars


Valley of Stars

Délirant sans mesure, Valley of Stars détonne par sa volonté d'englober plusieurs formes cinématographiques, quitte à perdre son spectateur dans ses multiples détours.

Article de Célestin Ghinea



Iran, 23 janvier 1965, lendemain de l'assassinat du premier ministre iranien. L'agent Hafizi est envoyé par la police secrète sur l'île de Qeshm pour y enquêter sur la mort suspecte d'un dissident. Accompagné d'un preneur de son et d'un géologue, Hafizi va faire face à de nombreux mystères dans son exploration de la Vallée des Etoiles.

L'origine du scénario de Valley of Stars se trouve dans une photographie de famille retrouvée par Mani Haghighi. L'ingénieur du son est son oncle, disparu mystérieusement, puis retrouvé quelques années plus tard. Haghighi mêle l'Iran de l'époque, son actualité cinématographique et politique d'alors, et son histoire personnelle. Valley of Stars illustre au pied de la lettre la reconstitution historique et livre un film navigant à la lisière de plusieurs genres : on ressent une envie de cinéma rappelant celle déployée par Na Hong-Jin dans The Strangers (2016), bien que le jeu des références soit ici entièrement organisé de façon à créer un espace cinématographique, comme si le film se rêvait comme musée de la cinéphilie de son réalisateur. Celui-ci est d'ailleurs présent dans un dispositif de séquences documentaires rappelant le Forgotten Silver de Peter Jackson - génial canular sur un prétendu pionner néo-zélandais des débuts du cinéma - qui font de Valley of Stars un film qui incorpore à son récit celui de sa genèse. Bien, évidemment l'avertissement "basé sur une histoire vraie" nous apparait davantage comme une variation du "Il était une fois".
 
 
 

Un film labyrinthique

Mani Haghighi brouille toutes les pistes, entraine ses personnages loin de la réalité en répondant à l'incompréhension de la vie de son oncle par un scénario s'autorisant toutes les audaces. Au cimetière hanté, film hanté par les métaphores sur l'Iran de l'époque, où le champ peut se fracturer pour laisser entrevoir la béance du hors-champ, prêt à avaler n'importe qui. Si le film se fend d'images marquantes comme celle d'un bateau en plein désert surplombant un cimetière, cette volonté de toujours densifier le mystère par l'emboîtement de récits lors de séquences d'interrogatoires des trois protagonistes par les services secrets, finit par perdre le spectateur qui ne voit son intérêt redoublé que par des rebondissements.

Mais peu à peu, se dessine le projet du film, qui est moins de retracer les retrouvailles de cet oncle un peu hippie que d'essayer de revenir sur la disparition de l'un des trois amis. La beauté du dernier plan apparait dans sa tentative de figer à son tour la dernière image de cet homme, comme si la photographie du début ne lui avait pas suffisament rendue justice. Aux disparus dont le cinéma choisit de se souvenir pourrait être le point final à ce film décidément bien intrigant. 



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