Live By Night


Live By Night

Un film de Ben Affleck

Avec Ben Affleck, Zoe Saldana, Elle Fanning, Sienna Miller, Scott Eastwood

C'est l'histoire de Ben Affleck, avec Ben Affleck, par Ben Affleck.

Article de Maxime Lerolle 2 étoiles



Pour la première fois dans la filmographie de Ben Affleck, son dernier film, Live By Night, déçoit. Non pas qu’Affleck ne sache plus filmer ; il suffit de voir la brutalité des scènes de courses-poursuites pour s’en convaincre. Mais à la différence de ses précédents films, Live By Night n’est qu’un intarissable bavardage sans intérêt, qui s’égare en chemin et continue son soliloque.

La course au récit

Dès le début du film survient la voix-off qui nous accompagnera tout du long. Elle commente absolument tout : des photos d’archives de la Première Guerre mondiale aux états d’âme de Joe Coughlin (Ben Affleck), ex-volontaire dans le corps expéditionnaire américain devenu petit gangster qui se refuse à tuer. Rien n’échappe à son désir de parler : la guerre des gangs, les femmes, la Floride où Joe atterrit …

Mais à force de parler, la voix-off oublie ce qu’elle avait posé en préambule. Joe s’était juré de ne plus jamais tuer après la guerre ? Qu’importe, le serment est violé. Joe avait promis de venger Emma Gould (Sienna Miller) ravie par Albert White (Robert Glenister) ? Il oublie bien vite son grand amour pour se jeter dans les bras de Graciella (Zoe Saldana).

À force de regarder sa montre pour un film qui ne dure pourtant pas plus de deux heures, on s’interroge sur les raisons de son ennui. Et on comprend rapidement : multiplier de manière mécanique des séquences sans guère d’intérêt intrinsèque ruine la bonne vieille unité d’action. Sans l’ériger en sacro-saint principe, cette loi artistique pousse cependant à concentrer le récit, et donc à en explorer les nuances, là où Live By Night se contente d’une vision du monde on ne peut plus simpliste. À cause du rythme tambour battant imposé par une voix-off qui veut tout dire, le film n’a pas le temps de déployer autre chose que des clichés. Oubliée l’atmosphère étouffante de Floride, vive les paysages de carte postale où le soleil couchant se mire sur les marais ; oublié le respect de la vie humaine que professait Joe, mieux vaut que la caméra s’attarde sur le postérieur de Graciella.

En tant que tel, Live By Night n’est qu’un énième film de gangster. Mais on attendait plus de Ben Affleck, qui savait pourtant très bien dépasser la mécanique narrative pour explorer un environnement social (Gone Baby Gone - 2007, The Town - 2010) et psychologique (Argo, 2012). Sa filmographie de réalisateur réussissait jusqu’à présent le pari de tenir séquences d’action effrénées et descente dans les profondeurs des sentiments et des sensations, ce que Live By Night, obnubilé par la surface de la narration, ne fait pas.
 

 

Ben Affleck par Ben Affleck

Que reste-t-il alors au milieu de cet immense éparpillement du récit ? Ben Affleck. Indétrônable, son visage anguleux occupe la quasi-totalité des plans. On pourrait dire de Live By Night qu’il s’agit d’une autobiographie tant le réalisateur se complaît à rejouer le vieillissement de sa figure, de sa jeunesse à la maturité.

Mais il s’agit plutôt de l’auto-glorification d’un auteur souvent taclé pour son manque de charisme à l’écran. Pour compenser cette réelle absence, Affleck fait le vide autour de son propre personnage. Ne gravitent autour de Joe Couglin que des pantins sans âme : caricatures de gangsters italiens et irlandais, métèques oubliés, Ku Klux Klan de pacotille et femmes qui n’ont pas d’autre rôle que de servir d’aides au héros mâle blanc.

C’est bien là le dernier problème de Live By Night. Le film entend célébrer la mixité sociale et ethnique de la Floride des années 30. Or, qui est encore à la source de cette bienheureuse union ? Ben Affleck. Qui n’a décidément de cesse de vouloir s’unir à sa propre image.

 


Fiche du film


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