The Birth of a Nation


The Birth of a Nation

Un film de Nate Parker

Avec Nate Parker, Armie Hammer, Dwight Henry, Colmann Domingo

Histoire d'un prophète (mâle hétérosexuel et sans nuances)

Article de Maxime Lerolle 2 étoiles



 « Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l'Eglise du Seigneur, qu'il s'est acquise par son propre sang .
- Exhorte les serviteurs à être soumis à leurs maîtres, à leur plaire en toutes choses, à n'être point contredisants.
- Vous avez été rachetés à un grand prix; ne devenez pas esclaves des hommes.
- Mais quiconque aura blasphémé contre le Saint-Esprit, n'aura jamais de pardon, mais il sera soumis à une condamnation éternelle.
- Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. »

Mieux qu’une rap battle, une Bible battle. Cet échange vif entre le prêcheur noir Nat Turner (Nate Parker), héros de The Birth of a Nation, et le conservateur révérend Walthall (Mark Boone Junior) est révélateur du projet du réalisateur Nate Parker. Réponse au film homonyme de Griffith (1915), The Birth of a Nation est d’abord un discours.

Querelles d’évangiles
Trop désireux de saper la légitimité idéologique et biblique des esclavagistes blancs, The Birth of a Nation privilégie systématiquement la narration à la sensation. Sans prétendre avoir vécu l’horreur de ce système, nous connaissons bien la fausseté de ces discours. Ce que l’on attend d’un film sur l’esclavage, c’est la sensation, la marque concrète, intime, qu’une barbarie aussi banalisée a laissé dans les chairs. Or, vouloir prouver au public que l’esclavage sous couvert de justification religieuse est une vaste escroquerie à des fins économiques revient à prêcher des convertis, et n’apporte rien de neuf à la question.
Très formaliste, le film est le dernier exemple en date des innombrables biopics hagiographiques sans véritables nuances. Non pas que Nat Turner démérite son traitement héroïque ; mais, figure révolutionnaire, il méritait probablement une approche esthéthiquement beaucoup plus radicale qu’une somme toute banale, quoique très belle, histoire de martyr.
Il est très beau et très noble de mourir en rêvant de sa dulcinée métamorphosée en ange, et de transformer sa pendaison en montée en ciel ; mais un martyr de plus a-t-il rédimé la population noire, décimée après la révolte de Turner ? Quête permanente des signes divins, telle une éclipse au-dessus des champs de coton, le film se nourrit de symboles vus et revus, qu’il fige en archétypes de la cause afro-américaine.
 

Un empowerment afro-américain réducteur

Puisque The Birth of a Nation se situe résolument sur le terrain du discours, étudions-le en détail.
Il va de soi que faire un film sur l’esclavage à notre époque revient à parler des conditions actuelles des Afro-Américains. Les actions insurrectionnelles des esclaves du XIXe siècle doivent servir d’empowerment aux citoyens d’aujourd’hui. Sur ce point, il est vrai que The Birth of a Nation propose une émancipation noire bien plus radicale que12 Years a Slave (Steve McQueen, 2014), Django Unchained (Quentin Tarantino, 2014) ou Amistad (Steven Spielberg, 1997). À la différence de ces derniers, où la libération des esclaves se fait par l’intermédiaire d’un Blanc généreux (Brad Pitt dans 12 Years a Slave, Christopher Waltz dans Django Unchained, Matthew McConaughey dans Amistad), les esclaves se libèrent eux-mêmes dans le film de Nate Parker.
Ou plutôt, se libèrent grâce au héros prophétique Nat Turner. Il est assez incroyable de voir le héraut de l’égalité entre les peuples de Dieu monter un cheval et dominer sa petite troupe d’insurgés dans une contre-plongée magnifiant son caractère de chef. Aux côtés de celui qui se revendique de David et de Gédéon, les personnages secondaires font pâle figure ; et lors de l’insurrection, n’apparaissent bien souvent que pour mourir.
Encore plus dramatique est le traitement des femmes. Sur ce point, The Birth of a Nation échoue de la même manière que son homologue français, Le Gang des Antillais (Jean-Claude Barny, 2016). Tous deux cultivent une image viriliste de la révolution. Dans cette lutte physique et morale, les femmes, aussi bien noires que blanches, ne servent que d’adjuvants du héros, dont elles approuvent les actions, comme sa mère (Aunjanue Ellis) et sa grand-mère (Esther Scott), craignent pour sa vie, telle la bonne maîtresse de maison (Penelope Ann Miller), ou tempèrent sa violence, à l’instar de sa femme (Aja Naomi King). 
En somme, il n’est d’empowerment véritable que pour les mâles hétérosexuels spécialement désignés par Dieu à leur naissance. Une révolution bien réductrice.



Fiche du film


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