La Vallée des loups


La Vallée des loups

Un film de Jean-Michel Bertrand

La Vallée des loups est un documentaire splendide. À voir de toute urgence.

Article de Alexis de Vanssay 3 étoiles



C’est une évidence, presque un truisme de l’affirmer mais les citadins post-modernes moyens que nous sommes sont coupés, dans leurs existences, de la nature et donc de leur environnement originel. Au point que, pour nous, une telle immersion dans la nature sur le long cours (quelques mois voire même quelques années), en autonomie, et avec les moyens du bord nécessaires à une adaptation aux milieu et climat ambiants, peut nous sembler soit relever du pur fantasme, soit réservée à quelques ermites.

Le cinéaste Jean-Michel Bertrand, lui, n’est pas un ermite, encore moins un illuminé ou un fou. Pourtant avec La Vallée des loups, le documentariste, originaire des Hautes-Alpes, nous fait partager la concrétisation d’un certain désir de retour à la nature, souvent fantasmé par nos contemporains comme un retour purificateur aux sources et à la fusion d’un individu dans une nature souveraine.

 


Bertrand, après avoir parcouru le monde pendant 30 ans pour réaliser des documentaires a décidé pour tourner son premier long-métrage Vertige d'une rencontre, en 2010, de revenir aux sources, aux siennes précisément, au creux de la vallée de son pays natal (Hautes Alpes) restée très importante à ses yeux mais dont le nom ne nous sera pas dévoilé afin de rester préservé. Dans ce film, le documentariste nous raconte sa quête de l’Aigle, animal royal s’il en est, majestueux, et procurant à l’homme un sentiment ambivalent entre crainte et fascination.

Avec son nouveau projet, la future Vallée des loups, Jean-Michel Bertrand veut filmer un autre prédateur, lui aussi objet de crainte et de fascination de la part de l’homme depuis des millénaires : le loup. Le loup qui est réapparu dans les Alpes et notamment dans notre vallée, on le sait, depuis une vingtaine d’années, venant d’Italie. Bertrand précise bien dans le dossier de presse les contours de son dessein. Nous avons l’habitude de voir, dit-il « des loups filmés de très prés, dans toutes les situations. Des loups filmés dans de grands enclos donnant l’illusion de la nature sauvage. Ou encore des loups apprivoisés exécutant leur numéro dans des paysages de rêve. » Toute la démarche du réalisateur consistera à prendre le contrepied total de ces procédés artificiels : il souhaite filmer le loup sauvage et libre.

Nanti d’une telle éthique, il se peut que le film dure longtemps, le cinéaste n’ayant aucune certitude d’apercevoir un seul animal ne serait-ce qu’une seule fois. Pourtant il a la ferme conviction au début de son entreprise du retour des prédateurs dans la vallée. Toute la poésie qui émane finalement de ce documentaire, disons-le d’emblée, d’une beauté admirable, tient dans ce désir de la part de Jean-Michel Bertrand de ne pas tricher, de respecter la liberté de l’animal à l’état sauvage, dont le mode de vie très évolué et la structure sociale ne sont pas si éloignés de ceux de l’homme.



 


 

 
En définitive, Jean-Michel aura mis trois ans pour réaliser son film. Nous le suivons de saison en saison, de bivouac en bivouac, sillonnant la vallée à la recherche des traces de la meute qu’il sait présente mais qui longtemps reste invisible. Les images sont admirables de bout en bout. Le réalisateur nous immerge littéralement dans une nature tour à tour nimbée d’un air glacial et lumineux en hiver ou dans le ravissement de l’éclosion de la vie au printemps. Jean-Michel adapte son moyen de transport à chaque saison. En hiver le ski de randonnée, en été la marche à pied ou ses deux chevaux. Toute son action va consister à habituer les loups à sa présence en suivant les mêmes itinéraires qu’eux. Nous mesurons le temps qui passe dans les bivouacs, ces planques installées sur les hauteurs qui peuvent durer des semaines et sont autant de moments privilégiés de fusion de l’homme avec la nature, de pure contemplation, mais qui peuvent se transformer aussi en instants de démoralisation lorsqu’on n’a toujours rien vu au bout de semaines entières passées à l’affût.
 
 
La rencontre entre l’homme et le loup - qui est un peu son alter ego dans le règne animal – aura finalement lieu. Nous n’en dirons pas plus mais il ne s’agit pas là d’un suspense ou d’une chasse. C’est tout le contraire que veut nous montrer le réalisateur. Certes, il aimerait de tout son cœur capturer avec sa caméra les jeux des jeunes louveteaux dans la prairie, saisir le pas lourd du mâle dominant revenant de la chasse, mais son film, encore une fois de toute beauté, est bien autre chose : c’est une ode à la nature et à son infinie beauté, une nature étincelante pourvu qu’on sache la contempler en silence et avec patience.


Fiche du film


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