Rogue One : A Star Wars Story


Rogue One : A Star Wars Story

Un film de Gareth Edwards

Avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn, Mads Mikkelsen, Forest Whitaker

À force d'adhérer au mythe Star Wars, Rogue One échoue à créer un univers original.

Article de Maxime Lerolle 2 étoiles



Avant même d'avoir vu Rogue One, on en connaît l’intrigue. Et celle-ci n'est rien de moins que le légendaire vol des plans de l’Étoile Noire dont se servent les Rebelles pour anéantir la super-arme impériale dans Star Wars IV : Un nouvel espoir (1977). La question n’est donc pas tant de savoir s'ils vont réussir mais plutôt de connaître le prix à payer pour lancer un mythe cinématographique ?

Comme dans Le Réveil de la Force (J. J. Abrams, 2015), le nouvel univers Star Wars est en rodage avec Rogue One. Disney ne sait pas encore comment se situer par rapport à la mythologie créée par Lucas. Indéniablement, les studios admirent le chef-d'oeuvre de Lucas, mais là où Abrams, génial rénovateur de franchises, embrassait le mythe pour l’explorer de manière introspective, Gareth Edwards, réalisateur de Rogue One, s’efface pour ne produire rien d’autre qu’un prélude effréné du tout premier film de la saga.
Les premiers plans auguraient pourtant d’une nouvelle manière de filmer, dans la continuité de l’esthétique sensorielle du Réveil de la Force. Placée au ras du sol lors de la séquence inaugurale, la caméra avance en collant littéralement aux bottes des Death Troopers. On aurait pu espérer qu’elle poursuive de la sorte, en explorant les secrets du Mal à la manière d'un Abrams filmant les brusques sautes d’humeur de Kylo Ren (Adam Driver) dans le précédent volet. Or, ce début sensorialiste, où l’on entrevoyait la patte d’Edwards dans sa manière de fragmenter les corps, comme il le faisait dans son Godzilla (2014), disparaît bien vite dans un récit d’initiation on ne peut plus classique où la narration et le désir de faire la jonction avec Un nouvel espoir prennent le pas sur l’univers visuel.

 


Admiration béate du mythe, pauvreté de la mise en scène  

À force de trop vouloir se présenter comme le film charnière, Rogue One perd toute personnalité. Ce n’est pas en multipliant les private jokes et les références à la trilogie originale que Disney parviendra à mettre en place un univers esthétique cohérent et singulier, à la différence de la prélogie dans laquelle Lucas rompait radicalement avec le caractère bon enfant des trois premiers opus.

Le grand problème de Rogue One est son absence totale de prise de risques, pourtant nécessaire dans la ré-interprétation d’un mythe. Exemple frappant, la désastreuse utilisation d’images de synthèse, au lieu d’acteurs en chair et os, pour figurer le Grand Moff Tarkin et la princesse Leïa. Sans doute par peur de froisser un public de fans, ou par admiration dévote et stérile envers un nouvel espoir, les studios ont refusé d’offrir un nouveau visage, et donc un nouveau sens, à des figures mythiques. Dès lors, le récit se contente de reprendre des lieux bien connus de la mythologie (Tatooine alias Jeddah, la Tour de Scarif alias les dédales de l’Étoile Noire), d’en changer le nom et d’y rejouer les mêmes aventures qu’auparavant. Recyclage sans imagination d’un univers pourtant si plastique.

 




Le sacrifice des oubliées  

À la différence du Réveil de la Force, où J. J. Abrams creusant des visages et des lieux bien connus de l’univers, développait une esthétique des ruines et des petites choses, comme ces superbes séquences parmi les carcasses mécaniques de Jakkuh, Rogue One amoncelle les reliques sans leur donner de sens. On aurait pu espérer d’un casting qui poutant accorde les meilleurs rôles à une femme (Felicity Jones pour Jyn), à un Latino (Diego Luna pour Cassian) et à deux Asiatiques (Donnie Yen pour Chirut et Jiang Wen pour Baze), qu’il donne à voir le rôle des oubliées, politiquement et sociologiquement, des précédents opus. Or, c’est dans la joie et la bonne humeur, sans vraiment d’interrogation sur leur marginalité, qu’ils se dévouent pour voler les plans de l’Étoile Noire, sans espoir d’être reconnus.

Trop solaire, le récit avance invariablement vers la jonction avec la trilogie originale et peu importent les pertes. Quel est le prix à payer pour lancer un mythe cinématographique ? Sacrifier systématiquement toutes les figures anonymes qui le précédaient ?


Fiche du film


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