American Hero


American Hero

Un film de Nick Love

Avec Stephen Dorff, Eddie Griffin, Luis Da Silva Jr., Christopher Berry

Batman et Robin ont bien changé.

Article de Marion Roset 2 étoiles



On connaissait déjà Hancock, le héros alcoolique ; ou Hit-Girl, la justicière sociopathe : pour son premier film distribué en France, le réalisateur Nick Love nous présente Melvin. Quand Melvin n’est pas en train de décuver, c’est qu’il en train de se mettre une mine. Ou de se droguer. Ou de traîner avec son meilleur ami Lucille, revenu handicapé de la guerre. Ou les trois à la fois. Melvin n’a pas dix-huit ans mais quasiment le double, et cet homme hyperactif qui vit encore chez maman a pour seul horizon les fêtes et les filles à venir. En vérité, ce garçon cherche à noyer un chagrin causé par l’interdiction pour lui de voir son fils suite à un divorce malheureux. Pour convaincre les juges, et son ex-femme, de sa capacité à être un père presque normal, il se met en tête de se reprendre en main et, au passage, de lutter contre la criminalité de sa ville en utilisant ses super-pouvoirs. Oui, parce que Melvin a aussi des super-pouvoirs, au fait.

 


« Au fait », c’est ce qui ressemble encore le plus à ce qui pourrait servir de transition entre les scènes pour le moins disparates d’American Hero. Film-agrégat, il passe à de multiples reprises du coq à l’âne sans jamais réellement le justifier et sans jamais choisir entre le coq ou l’âne : buddy movie centré sur Melvin et son sidekick à roulettes, film de super-héros mâtiné d’œil du tigre, documentaire sur la Nouvelle-Orléans post ouragan Katrina et/ou film social sur la vie de marginaux américains. Parfois tout se mélange mais la plupart du temps tout se juxtapose : dans les cas, rien ne se tient tout à fait, et la cohérence du propos ne cesse de s’échapper. Pourtant le spectateur, placé au cœur de l’action, colle aux basques des personnages, puisque le réalisateur opte pour une esthétique de type reportage. Embarquée dans les soirées, au plus près des strings et des rails de cocaïne, la caméra tremble, se fait bousculer, recueille des témoignages ou des apartés sans qu’à aucun moment on ne puisse savoir qui peut bien la tenir et surtout pourquoi. Melvin ne cesse de s’adresser face caméra à ce mystérieux inconnu sans avis ni point de vue, ce qui laisse penser que le dispositif est une simple coquetterie de réalisateur, que rien ne motive sinon le côté cool ou arty. Un peu comme Melvin d’ailleurs, dont les mouvements sont tout aussi instables.

Suite à une prise de conscience proche de l’illumination, Melvin comprend enfin cette logique héroïque qui veut que de grands pouvoirs entraînent de grandes responsabilités, et adopte le mode de vie « un esprit sain dans un corps saint ». Preuve s’il en fallait que les personnages soi-disant trash ne rêvent souvent que de normalité et de métro/boulot/dodo. Et puis très vite, la motivation s’enfuit comme elle était venue et voilà le film reparti à zéro, comme si tout recommençait à nouveau. Pour trouver une résolution vite fait pas très bien fait. L’ensemble en devient frustrant, tant les personnages attachants semblent livrés à eux-mêmes, dérivant au gré du film, seulement sauvés par leur sens de la répartie et de l’humour. Faut-il prendre le titre du film au second degré (voilà le héros Américain c’est-à-dire le junkie irresponsable mais sympa) ou au premier (en Amérique les junkies peuvent devenir des héros du quotidien grâce à leur volonté). Nick Love nous offre une balade à vélo, en voiture, à pieds dans la Nouvelle-Orléans, ce qui est par ailleurs très dépaysant, mais si on pouvait en plus comprendre de quoi voulait parler le film ce serait encore mieux. Assiste-t-on à une version indé de Jackass ou à une version Jackass d’un film indé ? Difficile de répondre.


Fiche du film


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