Diamant noir


Diamant noir

Un film de Arthur Harari

Avec Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos, Guillaume Verdier

Film noir hypnotique dans le quartier des diamantaires d’Anvers.

Article de Lucile Marfaing 3 étoiles



Un œil fermé en gros plan, puis ouvert, laissant perler une goutte. Quelques minutes plus tard, une main broyée qui fait couler du sang rouge criard. Un montage qui rappelle l’œil coupé au rasoir d’Un Chien andalou (Luis Buñuel, 1928). On entre dans le premier long métrage très prometteur d’Arthur Harari par notre organe de vision. Dans l’atelier de diamantaire mis en scène dans cette introduction, le diamant apparaît comme le prolongement de la pupille et le film va développer cette variation sur l’œil. C’est l’histoire de Pier Ulmann, que l’on découvre en train de cambrioler une maison, le regard vissé sur la tâche à accomplir, prétextant un œil à soigner, puis se l’abîmant véritablement en se cognant dans le noir. Toujours l’œil.
 
Pier vit de petits trafics et vols à Paris, guidé par Rachid qui lui sert de famille de substitution. Lorsqu’il apprend la mort de son père dans la rue, il découvre par là même occasion que celui-ci aurait été banni de sa famille, diamantaires d’Anvers. Il va profiter de l’opportunité que lui offre son cousin en l’invitant à venir dans la ville pour obtenir réparation, en projetant de voler sa famille avec Rachid et un autre complice. Le récit quitte donc Paris pour la ville belge, et déploie un cadre cinématographique original : le quartier des diamantaires d’Anvers. Dans ce décor, l’œuvre prend les traits du film noir, qui se partage entre la propriété cossue et sombre de sa famille, proche de la maison de Philip Vandamm (North by Northwest, Alfred Hitchcock, 1959) qui rappelle l'architecture de Frank Llyod Wright, et les ateliers fascinants et froids de l’entreprise de diamants. Le film porte bien son nom : il est minéral et brut, hypnotique et froid. Le motif du regard devient multiple et opaque, dupliqué dans la pierre précieuse cristalline.
 
 


Ce n’est pas seulement du diamant que le film tire sa fascination, mais aussi de cette famille étrange : l’austère oncle, le cousin Gabi épileptique et un peu déréglé (génial August Diehl que l'on aimerait voir plus souvent au cinéma), sa compagne impassible et jusqu’à Pier lui-même, empreint d’une sensibilité inquiétante. Ils ont tous cette essence feutrée et inquiétante, liée à un casting singulier et où chacun fait présence par la seule expression de son visage. Une forme d'hypnose est générée par ce cercle familial qui porte en lui une menace latente. Face à cette atmosphère, l’intrigue parait presque secondaire, et le casse final projeté par Pier et Rachid semble anecdotique tout en se déroulant avec cette même froideur réaliste qui marque le film et lui évite les facilités du genre même dans ses maladresses.

Du pigeon poignardé par Rachid dans un parc sous les yeux de Pier, aux bancs de sciage et lasers de l’atelier de diamants, le film revêt une chape sombre et envoûtante, accentuée par la musique d’Olivier Marguerit, qui s’ouvre et se referme comme un écrin dont on ne sait quel diamant il renferme et quelle réfraction pourrait surprendre et brouiller le regard, à l’image du tuyau d’arrosage manié par un Gabi délirant, en pleine nuit, venant soudainement asperger la caméra.


Fiche du film


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