The Dictator

The Dictator

Un film de Larry Charles, Sacha Baron Cohen, Anna Faris, Ben Kingsley, John C. Reilly


Difficile pour nous cette fois-ci de suivre l'humoriste britannique Sacha Baron Cohen dans son nouveau délire au pays des dictateurs. Divertissant mais bien éloigné des excellents "Ali G" et "Borat".


Article de Stéphanie Chermont 2 étoiles


Sacha Baron Cohen est un génie. De ses personnages du "Da Ali G Show", diffusé sur Channel Four en Angleterre, il a fait sa marque de fabrique. Décalé, sarcastique, drôle, Ali G menait ses interviews sans détours, sans gêne ni complexe. Célébrités ou inconnus. Mais à cette époque, plus de dix ans déjà, Sacha Baron Cohen donnait vie à deux autres personnages loufoques, à savoir Borat - le futur reporter Kazakh de son film sorti en 2006, Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan, et Brüno, autre journaliste cette fois-ci gay et nazi, son deuxième film sorti en 2009.
 
Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan (2006).


L'humoriste est allé loin, très loin dans ses films. On se souvient de la séquence invraisemblable où Borat pousse la rencontre avec les doyennes du féminisme, sous les traits de son personnage sexiste, antisémite, raciste, né d'une relation incestueuse et frère d'une prostituée. Borat, c'était un faux documentaire, engagé, humoristique, qui tournait en dérision la société américaine de G. W. Bush. Sacha Baron Cohen a continué sur cette lancée avec Brüno, son-long métrage où il joue un journaliste gay, trash, véritable parodie des déboires de célébrités. On en parlait déjà à cette époque, quel sera le prochain personnage de Sacha Baron Cohen? Deux ans ont suffi pour créer Aladeen, petit frère de Kim Jong-Il, cousin de Kadhafi et de Saddam Hussein.

Mûrement réfléchi par rapport à l'actualité et au printemps Arabe, inspiré par Chaplin et son Great Dictator, le tyran oriental incarné par Sacha Baron Cohen aujourd'hui déçoit. Pourquoi ? La satire est limitée tant la mise en scène du film est attendue. Le film est scénarisé à l'américaine, perdant tout son charme de critique d'une société de grande consommation. Les blagues, ou mini-sketches de l'humoriste sont justement consommés, les effets spéciaux outrageux. On découvre que la 5th Avenue new-yorkaise a été réquisitionnée, que le Carlton de Cannes lui a offert sa devanture pour le festival, que les vidéos inondent internet. Et devant le film, c'est une déception où cette fois-ci, le britannique a choisi un casting de stars, et pas des moindres - John C. Reilly, Anna Faris, Ben Kingsley, Megan Fox, des célébrités qui amoindrissent son propre personnage décalé et leader satirique. Sacha Baron Cohen est talentueux, intelligent, mais il se perd ici dans une comédie simpliste. Le méchant dictateur, accompagné de ses sosies, tue sans hésiter, déteste les Américains, fait l'amour contre de l'argent, se moque bien des pauvres. Mais dans le film, il tombe aussi amoureux. Enfin sans raconter l'histoire, Sacha Baron Cohen nous a pondu avec The Dictator une comédie à l'eau de rose, nostalgique de ses précédents coups de gueule.
 
The Dictator (2012).

Finalement, ce qui ressort de ce troisième long métrage est sans hésiter l'impulsion donnée à Sacha Baron Cohen par l'actualité. Acteur de son époque, humoriste jusqu'aux interviews qu'il donne dans la peau de ses personnages - qui l'a déjà entendu parler en son vrai nom ? - l'humoriste se révèle bien meilleur dans des propositions plus osées, sans limites, plutôt que dans les comédies américanisées. On s'amuse, c'est sûr, mais on regrette de loin un certain poilu à slip jaune.
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