« Clean Multiservices » fait bien le ménage chez les particuliers, mais pas dans ses locaux, envahis d’une foule de travailleurs maliens et mauritaniens venus réclamer leurs dûs : leurs justes salaires et des papiers. Après des années de labeur sans vacances pour leur terre d’accueil, ce serait la moindre des choses… mais l’esclavage s’appelle désormais « CDD ». Qui dit précarité dit pas de nationalité. Qui dit pas de nationalité dit possibilité de se faire expulser à tous moments. Qui dit possibilité de se faire expulser à tous moments dit « ferme ta gueule ».
« Dites adieu à la saleté ! »
Ces employés n’ont visiblement plus rien à perdre puisqu’ils sont prêts, au risque d’alerter les autorités, à occuper durant trente-neuf jours l’entreprise de leur bien-aimé (ex) patron. Rapidement, trois Françaises, elles-mêmes lasses de voir leurs heures sup’ ignorées et leurs statuts changer du jour au lendemain, les rejoignent. C’est le début d’une longue négociation – soutenue par le Collectif de soutien des sans-papiers d’Argenteuil – au sein de laquelle nous nous retrouvons directement plongés, sans préambule.
Une belle leçon de syndicalisme, aurait argué un militant au sortir de la projection. Une belle leçon de stratégie militaire appliquée à l’administration, aurait convenu Napoléon. Un sacré bordel néanmoins, pour nous qui avons parfois du mal à comprendre les tenants et aboutissants de la situation. Luc Decaster a choisi de planter sa caméra au milieu de l’action. Faute de prendre quelques protagonistes à part, il faudra s’en référer au dossier de presse pour faire réellement connaissance avec Karine, Bakary, Moussa et les autres, nombreux. Les jours et les nuits se succèdent sans hiérarchisation et les informations défilent à l’état brut sans que l'on puisse parvenir à toutes les saisir au vol.
Sans tomber dans le pédagogisme, l’impact d’une telle immersion se serait vu décuplé par un montage plus téméraire, à l’image du sujet, très dense. Le reportage, fleuve (110 min), aurait ainsi gagné à être découpé et articulé autour de ses personnages, voire de quelques idées pivots, notamment celle-ci : des batailles ont toujours cours au Royaume de France. Pour lutter, l’arme blanche, obsolète, a depuis été remplacée par la bonne connaissance du droit, plus dure encore à manier, surtout pour les profanes.