Ne nous soumets pas à la tentation


Ne nous soumets pas à la tentation

Un film de Chevenne Carron

Avec Jean-François Garreaud, Swann Arlaud, Guillemette Barioz

Un film français indépendant sans doute un peu inégal, mais qui laisse apparaître un réel talent de réalisatrice.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Troisième long métrage pour Cheyenne Carron, qu’on pourrait qualifier sans peine de cinéaste indé française puisqu’elle est, notamment pour ce dernier film, à la fois scénariste, réalisatrice et productrice. Cela donne un film singulier, à la photo impeccable et aux acteurs très crédibles, racontant l’histoire d’une jeune fille qui pourrait passer pour une manipulatrice hystérique. Sachant que même si elle l’est, comme tout le monde, elle a ses raisons qu’on vous laisse découvrir. Cheyenne Carron confie d’ailleurs dans le dossier de presse : « Lorsque j’ai écrit ce scénario, il s’agissait pour moi de régler mes comptes sur le papier, car je n’avais pas eu la possibilité de le faire dans ma vie. Ce film est en fait le fantasme d’une vengeance que j’aurais aimé accomplir pour apaiser une immense peine. »

C’est un film qui aborde, encore une fois, les relations mère-fille, la famille recomposée et l’ultra-moderne solitude qui nous entoure. Construit comme un triptype quasi-religieux, il tisse le point de vue narratif autour du regard des trois personnages du film. Cette trilogie somme toute classique de la femme, du mari et de la maîtresse se complique de tout un réseau infini de ressentiments, de doutes et de haines dans lequel le personnage masculin ressemble plutôt à un pantin pris au piège qu’à un manipulateur donjuanesque. C’est pourquoi l’acteur Jean-François Garreaud, habitué aux séries télévisées, est un excellent choix, sachant apporter au rôle à la fois son métier et une forme de présence un peu évanescente, qui discrédite le personnage du mari tout en le rendant attachant et victime, chose assez rare dans un « film de femme ». Il déclare d'ailleurs au sujet du personnage qu’il incarne sous la direction de Cheyenne Carron : « Avec naïveté, toujours à l’écoute, me laissant souvent emporter par mes partenaires et la complexité de leurs personnages. Mon personnage n’est pas censé connaître le point de vue des deux tiers de l’histoire… Il est en quelque sorte le candide de l’histoire. »

Quant aux deux autre rôles, même si Guillemette Barioz est magistrale en femme trompée, à la fois consentante et imprévisible, il faut surtout dire que c’est Agnès Delachair qui s’impose et crève l’écran dans ce rôle de jeune fille moderne, impertinente et jouisseuse, inquiétante jusque dans ses sourires. Cheyenne Carron avait aidé à faire connaître Mélanie Thierry en 2005 avec son premier long métrage, Ecorchés. Ici, elle nous présente une autre figure féminine qui fera sans doute son chemin et nous permet aussi de découvrir Helluvah qu’elle avait elle-même découvert sur MySpace. Un film indépendant français, sans doute un peu inégal (notamment la deuxième partie, devenant trop mélodramatique pour un contexte familial difficilement crédible), mais qui laisse apparaître un réel grand talent de réalisatrice.


Fiche du film


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