London River


London River

Un film de Rachid Bouchareb

Avec Brenda Blethyn, Sotigui Kouyaté, Sami Bouajila, Roschdy Zem, Bernard Blancan

Une chorégraphie urbaine sur fond d’attentats londoniens, pour un hymne à la tolérance et à la contemplation.

Article de Devlin Belfort 2 étoiles



La chorégraphie urbaine de Rachid Bouchareb (Little Sénégal, Indigènes) met en scène deux archétypes campés par de splendides acteurs : Brenda Blethyn (Secret and Lies) et Sotigui Kouyaté (Little Senegal), incarnant respectivement une mère anglaise, et un père malien, au lendemain des attentats de Londres de juillet 2005. C’est une période de trouble : des dizaines de personnes ne répondent plus à leurs proches, ceux-ci s’en inquiètent, même quand les contacts, comme dans de nombreuses familles, se sont parfois relâchés depuis longtemps.

Pour habiter cet après, celui de l’inquiétude et de la quête, Rachid Bouchareb dirige ses acteurs et leur fait traverser sa London River de façon à la fois contemplative et didactique.Petite dame anglaise versus patriarche malien, deux univers, deux façons de marcher, de penser, de partir en quête d’un être cher que l’on n’a plus vu depuis longtemps. La première, blanche, petite et protestante, dite Jane Sommers, le second, malien, noir, immense et musulman, dit Ousmane, suivent en cela le désir très démonstratif du réalisateur Rachid Bouchareb, qui distribue à l’une une vision du monde pour le moins « rangée », et à l’autre une weltanschauung pour le moins détachée. Tous deux ont toutefois déjà vu une partie de la vie leur « passer au travers ». La quête d’une fille et d’un fils, peut être perdus, peut être juste négligents de ne pas avoir pris le temps de rassurer leurs proches, va les réunir, le temps d’apprendre si le pire est arrivé, ou si celui-ci a été réservé à d’autres.

Film utile s’il en est, ultra symboliste, London River mise toutefois sur une didactique très (trop ?) tranchée, mais avec ses moments de force. On s’attache à ces deux êtres commençant par s’ignorer puis se rapprochant au gré de l’avancée de leurs recherches. Un temps contemplatif, un temps télévisuel, le discours cinématographique de Rachid Bouchareb souffre peut être de vouloir unir l’expérience visuelle de ses deux personnages – intéressante – avec le langage « news » déversé par les TV, qui finit par influer trop fortement sur le rythme du film. Cela n’empêche pas Ousmane et Jane de gagner une belle profondeur sur la durée, où ce qui les sépare épouse au fur et à mesure ce qui les unit : amour de la terre, douleur potentielle ou exponentielle de la perte, solitude humaine… La fraternité devient alors avec la nature l’ultime recours, que celle-ci soit un écrin statique, ou le champ d’expérimentation de nos derniers souffles de vie.



Fiche du film


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