Shine a light

Shine a light

Shine a light 2 étoiles

Un film de Martin Scorsese

Article de Olivia Godin

Quand la musique des indémodables papis du rock entre en fusion avec la caméra de Scorsese, mieux vaut retenir son souffle : les Stones n’ont plus vingt ans, n’en déplaise aux nostalgiques.


Pierre qui roule n’amasse pas mousse.

Finalement, Scorsese arrive là où on l’attendait le moins. Du réalisateur qui a traduit Jumpin’ Jack Flash par les grimaces de l’enragé De Niro dans Mean Streets, de celui qui a incrusté Let it loose dans ses Infiltrés, on n’attendait pas moins que les images d’une formidable explosion, d’un revival absolu ; une cure de jouvence en quelque sorte, pour ceux que la vie d’icônes a forcément usés jusqu’à la trame du jean. C’était sans compter sur la sensibilité du mélomane qui a, volontairement ou pas, choisi de rendre hommage à la beauté du geste chez les Rolling Stones.

Car c’est bien de cela que Shine a light est fait : du vent, du rêve. Un trompe-l’œil. Scorsese ne filme rien d’autre que quatre maigres silhouettes osseuses, quatre visages déformés par les rides, que couvrent à peine le fard grossier et insolent de Keith Richards et les grimaces de l’authentique vieillard androgyne Mick Jagger.

Sur la scène du Beacon Theater, trop guindée pour un groupe habitué aux larges espaces des stades, devant un public new yorkais trop chic, les Stones font figure de vieux ados tout juste révoltés, pas de rockeurs électrisés. Ce documentaire est alors bien davantage qu’un concert filmé, capté sur pellicule. Et certainement pas la pure retranscription par les images de l’ultime concert de quatre légendes du rock : les Stones ne sont souvent que l’ombre d’eux-mêmes, quand la caméra de Scorsese, alerte, n’a rien perdu de sa jeunesse.

En réalité, tout ici n’est que fiction : la dramatisation des « coulisses » du spectacle, dès le début du film, montre un Scorsese impatienté par les caprices des Stones - le film se distingue alors malheureusement peu des innombrables reportages télé made-in-backstage ; quant aux images en tant que telles, hallucinées par la danse perpétuelle de Mick Jagger, prises dans le même courant de folie que le chanteur au visage déformé, elles sont sans cesse fuyantes et presque floues. Impossible alors de reconnaître vraiment les traits du chanteur, impossible de comprendre sa silhouette, enveloppée dans un flot de gesticulations hasardeuses, de déhanchés veloutés et de frétillements soudains.

La musique est là, certes, surtout quand Keith Richards cesse de jouer vraiment, et, les bras ballants, ne balance que de temps en temps ses doigts sur les cordes. Les Stones sont bien vivants, mais moins que leur musique. Ils la rattrapent quelques fois : She Was Hot est surprenante, Champagne and Reefer est splendide.

Alors, Shine a light se fait moins hommage qu’ode nostalgique, et le cinéaste, qui a vieilli lui-aussi, cherche moins à faire renaître ses idoles que ses propres souvenirs : filmer les Stones, pour Scorsese, c’est peut-être, avant tout, revivre chacun de ses films…


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