Après lui


Après lui

Un film de Gaël Morel

Avec Guy Marchand, Catherine Deneuve, Elodie Bouchez, Thomas Dumerchez

Article de Samir Ardjoum 1 étoile



« La vie est un mets qui n’agrée que par la sauce », disait Hugo.

Une sauce qui possède un goût dégueulasse tant la mort vient de creuser un gouffre profond dans le quotidien de Camille. Chevelure blonde, esquisse légèreté et magnificence de la peau, telles sont les qualités de cette belle sexagénaire divorcée qui tente de redonner un sens à sa vie en se passionnant pour l’âme de son fils cadet. Celui-ci meurt au cours d’un accident de voiture. Seul survivant de cette tragédie, Franck, le meilleur ami, celui qui ne peut plus se regarder dans une glace, celui qui aspire à promener son dégoût à travers des allées fantomatiques, celui qui ne pourra plus aimer, devient le compagnon de fortune d’une mère délaissée par le bonheur. Jusqu’à quel point ?

Après lui est une œuvre à l’image de son auteur, terriblement fragile. Gaël Morel, ciné-fils atypique du cinéma français, promène son corps trapu de film en film, doutant ici et là de son magnétisme, de sa capacité à retranscrire ses blessures, ses doutes, dans des images belles et délicates. D’abord acteur, Morel va très vite se réfugier derrière la caméra pour tenter d’illustrer ses questionnements dans des histoires dures, complexes et sans concessions. Morel bricole énormément et ses images enveloppées d’une aura quasi mystique démontrent un savoir-faire indéniable mais trop tacheté d’envolées lyriques. Tout cela « déréalise » ses propos, les orientant vers une mise en scène qui brille plus par les artefacts que par les émotions de ses plans.

D’emblée, on est happé par cette première séquence, passionnante, musicale et fraîche. Deux jeunes hommes, deux éphèbes (selon Morel) qui s’amusent, prennent du plaisir à se déguiser pour aller enterrer la vie de garçon de leur meilleur ami. La chanson est belle, quelques notes qui se dispersent dans une chambre qui sent le rock, les plaisirs de la chair, les sauvageries anodines, tout cela respire une vérité filmée sans être dans le trop-plein. Morel, à ce moment du film, cadre ses personnages en évitant de camoufler leurs maladresses, leurs fragilités, et cela se voit, cela se sent, cela s’écoute. Et lorsque la caméra termine sa ronde sur l’entrée triomphale de la mère, on se relève non sans difficulté de ce K.O. technique.

Après lui restitue un deuil que Morel tend à découper au scalpel. Deneuve, solitaire et ensorcelante, pousse le film vers des tranchées ardues, des collines abruptes qui malheureusement n’évitent pas les précipices grand-guignolesques. Les larmes amères coulent énormément sur les joues roses de l’actrice française et la caméra indiscrète de Morel ne manquent pas de nous le faire ressentir « 24 images par secondes ».

Autour de cette icône, quelques seconds couteaux tentent de s’approprier les miettes d’un gâteau empoisonné, soucieux de tirer la couverture vers eux, oubliant que le sujet principal de ce film n’est ni la mort d’un fils, ni les errances d’une tristesse, ni la sacralisation d’une comédienne, seulement les doutes d’un jeune trentenaire qui s’interroge sur l’art de filmer un fantasme…


Fiche du film


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