Corpo Celeste

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Film italien sur la foi et la croyance, orchestré de main de maître par Alice Rohrwacher. Cette rencontre entre Dieu et le cinéma rappelle, avec une certaine part de mysticisme, les grandes oeuvres sur la religion et ses doutes, de Pasolini à Scorsese en passant par Antonioni.

Dans une petite communauté de Calabre, Marta (Yle Vianello), qui vient de rentrer de Suisse avec sa mère et sa sœur, essaie de s’intégrer à sa nouvelle vie. C’est l’année de ses treize ans, celle de sa Confirmation. Alice Rohrwacher décline le portrait d’une enfance tiraillée entre les affres de la vie dans la société (devenir une bonne fille, faire comme les autres) et les questionnements sur ses propres choix. Ici, Marta est sans cesse rejetée, vouée à un échec constant. Elle est la seule à écouter les cours de religion mais aussi celle pour qui la Confirmation n’a rien de solennel. Cet événement ne s’avère être qu’un enjeu de positionnement pour s’installer dans une nouvelle communauté. Il n’est d’ailleurs pas incongru que toute l’histoire autour de la religion se passe pendant une période électorale. La réalisatrice filme chacun des enjeux de la vie comme une campagne où tous les coups sont permis pour désavouer son adversaire. Communauté, politique, religion sont malmenés pour l’accomplissement métaphysique de cette petite fille. Car c’est bien là que que Corpo Celeste tire sa trame narrative, par la recherche du céleste, de la voie, celle de la connaissance véritable et de la face cachée des non-dits.

Le film se joue des codes de la mise en scène du corps, Alice Rohrwacher filmant Marta comme une étrangère, toujours en retrait mais dans un cadre bien défini. Le grain de la pellicule surajoute au côté corporel du film. Tout, ici, est affaire de choc et de chaos constant. Marta est malmenée par tous les autres. La seule personne à l’accepter, sa mère, est rarement présente et souvent fatiguée par son travail. Finalement très contemporain des sujets de préoccupation actuels, c’est un film sur la crise. D’abord financière, avec la peinture de cette Italie dévastée par le manque d’argent, mais aussi métaphysique autour du corps et sa place aujourd’hui, dans un monde toujours enclin au rejet. Alice Rohrawacher, loin des clichés du genre, le prend à contre-pied, et c’est avec violence qu’elle met en scène cette communauté sans vergogne. Autour de Marta, les personnages sont ainsi filmés comme des charognes attendant de se repaître des restes d’un corps en décomposition.

Film sur la foi, Corpo Céleste questionne la vérité de chaque communauté en cherchant à faire tomber ses masques. Le cinéma dans son ontologie se base d’ailleurs sur ce principe : chaque spectateur doit dans l’idéal, lorsque qu’il voit une œuvre, être pris par son sujet, se laisser transporter par l’histoire. Ici, parce que dans la religion n’est après tout qu’affaire de croyance, il faut accepter parfois de se laisser duper pour parvenir à une métaphysique de l’émotion. Alice Rohrwacher arrive non sans brio à faire ressentir tous les malaises de l’Italie contemporaine. Devant Corpo Celeste, on ne peut que croire à l’existence d’un cinéma omniscient, porteur de vrais moments de transcendance.

Titre original : Corpo celeste

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Durée : 100 mn


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