Larry Flynt (The People Vs. Larry Flynt, 1996)


Larry Flynt (The People Vs. Larry Flynt, 1996)

Heurs et malheurs d'un trou du cul.

Article de Florian Bezaud



Les années 1990 sont marquées, dans l’œuvre de Miloš Forman, par le succès de deux biopics : Larry Flynt (1996) puis Man on the Moon (1999). Moins formel qu’Amadeus (1984), sorti douze ans plus tôt et acclamé par la critique, Larry Flynt sera surtout marqué du fer de la polémique. Plus décrié pour son affiche (censurée) que pour son contenu, somme toute très chaste, le dixième film de Miloš Forman surfe sur deux genres très populaires aux États-Unis : le biopic et le drame juridique. Récompensé d’un Ours d’or (Berlin, 1997) et d’un Golden Globe (États-Unis, 1997), il n’en reste pas moins ordinaire, tout juste classieux à certains moments, mais rarement audacieux. Produit par Oliver Stone, qui s’est démené pour faire lire le scénario au réalisateur de Valmont (1989), le résultat n’a pourtant rien de la complexité d’un JFK (1991) ou d’un Nixon (1995).

Le vit et la vie

Mais d’abord : qui est Larry Flynt ? Lorsqu’il fonde Hustler en 1974, ce dernier n’a pour seul fait d’armes que la gestion désastreuse d’une boîte de strip-tease minable. Séduit par l’insolente popularité de Playboy et de Penthouse, il déplore leur ligne éditoriale, proche de zéro, qui consiste à se jouer de la loi en plaçant des textes uniquement faits pour justifier les photos érotiques. Farouche partisan d’une pornographie littéraire et picturale, il exigera un vrai travail sur les textes et les images. Initiateur d’un concept alliant images chocs et textes crus, il sera très vite victime de son succès : une succession de procès retentissants qui assiéront son succès médiatique, en même temps qu’ils entameront son capital. Têtu, et farouchement conscient de son rôle historique (ce qui le conduira à quelques crises mystiques bien senties), il misera le plus souvent le tout pour le tout, n’hésitant pas à publier d’innombrables ragots, et de célèbres paires de fesses, pourvu que les ventes progressent. Son ascension fulgurante, et sa mégalomanie, sembleront stoppées nettes par l’attentat foudroyant dont il sera victime en 1978. Paralysé, impuissant, il reprendra le contrôle sur sa compagnie, qu’il avait laissé à ses amis sociétaires. Par la suite, il perdra sa femme, victime du SIDA, et mènera une bataille acharnée en faveur de la liberté d’expression lors du célèbre Hustler Magazine v. Falwell, porté à la Cour suprême des États-Unis, et qui est l’aboutissement dramatique du film. Parti de rien, donc, comme tout héros mythologique états-unien, Larry Flynt, par intelligence et opportunisme, a su répondre à un besoin de liberté sexuelle, et a permis quelques avancées juridiques, introduisant dans le droit états-unien plusieurs jurisprudences relatives à la liberté d’expression et à la juste application du premier amendement de la Constitution.
 



Le procès d'un pro-sexe


Si la construction du film et sa réalisation n’ont rien d’original, la distribution, elle, est très intéressante. Woody Harrelson, qui joue le rôle du plus célèbre des pornographes, venait d’être révélé par l’insolent Tueurs nés (1994) d’Oliver Stone. Sa performance, malheureusement desservie par un scénario poussif, reste néanmoins remarquable : la caméra reste en permanence concentrée sur son visage fascinant. Son jeu, tout en colère rentrée, bénéficie d’une direction d’acteurs qui, pour le coup, est très maîtrisée. Et que dire de Courtney Love, papesse du grunge, que Miloš Forman retrouvera sur Man on the Moon. Beaucoup plus spontanée que les autres acteurs, à l’aise dans une pluralité de registres, elle est à la base d’un grand nombre de situations tragi-comiques qui complexifient le ton du film. Edward Norton, enfin, qui capitalise ses deux premiers succès, Peur primale (1996) et Tout le monde dit I love you (1996), réussit à rendre adorable un jeune avocat caricatural au possible. Mais un tiercé gagnant ne fait pas la majesté d’une course. Et Larry Flynt a tout d’un film qui, une fois retombée la poudre du scandale, s’avère être un pâle didacticiel.

Construit autour du sacro-saint schéma « gloire – chute – rédemption », il n’apporte absolument rien d’exemplaire (au sens édifiant du terme). Les scènes de procès, sensées être emblématiques, deviennent vite répétitives, bouffonnes, quand elles ne tombent pas, dans le dernier acte, dans l’exposé scolaire des avantages et des inconvénients de la liberté d’expression. Des déclarations de principe, de la provocation libertarienne, un grand nombre d’étapes obligées : nous nageons dans une indulgence et une absence d’esprit critique affligeante. Miloš Forman déroule son discours attendu, dans un formalisme qui rend le tout agréable à regarder, mais deux heures… c’est long.


Fiche du film


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