L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much - Alfred Hitchcock, 1956)


L'Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much - Alfred Hitchcock, 1956)

Ressortie en salles d'un classique d'Hitchcock.

Article de Alexander Pradot



Qui peut s’arroger le droit de faire un remake d’un film d’Hitchcock à part… Hitchcock lui-même ? L’Homme qui en savait trop, version 1956, n’est autre qu’une reprise du film éponyme de 1934 réalisé par Sir Alfred : « Disons que la première version a été faite par un amateur de talent tandis que la seconde l’a été par un professionnel » (1) . La version américaine du film est effectivement bien plus dense et poussée, approfondissant davantage les thèmes exploités en filigrane. Mais n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un divertissement grand public mené tambour battant par un cinéaste entré depuis quelques années déjà dans une période de plénitude. L’humour est également présent par moments, virant parfois au cynisme, comme lors de la séquence où les McKenna évoquent les différentes maladies de leur patient, rigolant du fait que les calculs rénaux de Madame Untel ont payé le voyage aller, que les amygdales de Monsieur Untel ont permis d’acheter telle robe, et cætera.

Après La Main au collet (1955), Hitchcock revient donc avec un film prenant, au suspense enlevé, mais sans réelle surprise. Voilà qui rassurera le public après le très décalé Mais qui a tué Harry ? (1955). Le cinéaste étale son savoir-faire en matière de gestion des temps faibles et des temps forts. La tension monte petit à petit et atteint son paroxysme lors de la mythique séquence du Royal Albert Hall. Hitchcock y bâtit le suspense par un montage alterné et un jeu d’équilibre entre trois groupes : le premier est constitué par le chef d’orchestre, le chœur et l’orchestre ; le second par le joueur de cymbales et l’assassin, qui suit la même partition ; le troisième par les McKenna et le Premier ministre qu’ils épient.

L’Homme qui en savait trop aborde un thème assez fin et plutôt original dans la filmographique du cinéaste, celui de la dissolution de la cellule familiale. À ce titre, la disparition de l’enfant joue un double rôle : elle constitue en premier lieu la cause de la division de Ben et Jo McKenna (distanciation géographique et physique, mais aussi peut-être sentimentale) ; elle est également, de manière paradoxale, ce qui va les forcer à se réunir et à retisser des liens qui semblaient fracturés. Peut-être permettra-t-elle, au final, à la famille McKenna de renaître et de repartir sur des bases affectives plus saines.

La thématique de la famille est appuyée de manière insistante par la figure de la mère. Dans L’Homme qui en savait trop, elle est campée par Jo McKenna (Doris Day), une ancienne chanteuse à succès ayant mis fin à sa carrière afin de suivre son mari. Ben McKenna (James Stewart), quant à lui, symbolise un peu cette catégorie d’hommes un brin machiste et sûrs de leur fait. Il pense à ce propos que leur fils fera un excellent médecin. Quand il apprend le kidnapping, il tente de cacher la vérité à sa femme, pour la protéger, c’est certain, mais peut-être aussi, de manière inconsciente, pour l’écarter. Mais les valeurs se renversent : c’est une chanson de Jo (séquence entrée définitivement dans la légende) qui va tous les sauve. Le périple des McKenna aura donc été l’occasion pour Ben de découvrir la vraie valeur de sa femme.

Pur divertissement populaire, L’Homme qui en savait trop fait figure de classique au sein de l’œuvre d’Hitchcock. Peut-être un ton en dessous de films comme La Mort aux trousses (1956), il trouva cependant son public. Mais dès son prochain film, le cinéaste quittera cette position pour réaliser une œuvre plus sérieuse, Le Faux coupable (1957).


(1) François Truffaut, Helen Scott, Hitchcock, édition définitive, éditions Gallimard, collection Albums Beaux Livres, 2003, p.76.


Fiche du film


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