Berlinale 2017 : Jour 4 et 5

Article écrit par

« Thriller écologique » et portrait de femme « fantastique ».

Spoor : la vengeance des animaux

La réalisatrice Agnieszka Holland invente un nouveau genre de cinéma : le thriller écologique. Le film suit les stations de l’année. La réalisatrice commence le récit en plein hiver dans la campagne polonaise. Les chasseurs sont omniprésents, leur tirs, les cris des animaux abattus. Madame Duszejko, l’héroïne du film, est une femme d’âge mur, solitaire. Outrée par la souffrance animale, elle fait des cauchemars toutes les nuits. Maintes fois, elle a alerté les autorités, mais en vain, personne ne semble vouloir entendre cette Don Quichotte de la Pologne profonde. Très rapidement, le nombre de chasseurs assassinés commence à se multiplier. La police lance l’enquête. C’est la nature qui prend la vengeance contre l’humain? Agnieszka Mandat incarne le rôle principal à merveille. Elle est un personnage plein de contradictions, entre sorcière des bois, femme âgée perdue et folle astrologue, qui demande à chacun son jour de naissance. Avant tout, elle est habitée par une grande mission, celle de lutter contre l’injustice subie par des animaux. C’est un esprit libre, prête à défendre à tout prix ceux qui subissent l’injustice.
 


Spoor – crédit photo : Robert Paeka, Compétition 2017

Una Mujer Fantastica, en lutte pour sa dignité

Le réalisateur chilien Sebastian Lelio présente un beau portrait de femme “fantastique” lors de cette Berlinale 2017. Daniela Verga incarne Marina, en lutte pour sa dignité. Face à un mur d’exclusion, elle est toute seule, mais loin de sombrer dans le désespoir, elle décide de se défendre.

Marina est une jeune femme transsexuelle. Le film commence avec la fête de son anniversaire, qu’elle célèbre en tête-à-tête avec son amoureux Orlando. Cette fête aura une fin tragique, car Orlando mourra cette même nuit. La famille du défunt lui retire son droit le plus élémentaire, celui de dire adieu. Constamment elle est renvoyée à sa condition. Face à des questions malsaines sur son opération, des insultes, voire la violence physique, Marina n’a rien d’une victime. Elle ne supplie pas, ne demande rien, mais s’affirme avec un persévérance émouvante. Dans une scène très belle et symbolique, Sebastian Lelio la filme face au vent contraire. Avec une force de caractère impressionnante, elle ne dévie pas de sa trajectoire, mais se lance dans un long combat pour le droit à l’égalité.

Précédents articles sur La Berlinale 2017 :
http://www.iletaitunefoislecinema.com/festival/7229/berlinale-2017jour-1 http://www.iletaitunefoislecinema.com/festival/7230/berlinale-2017jour-2-et-3

Image d’en-tête : Una Mujer Fantastica, Compétition 2017


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..