Balada Triste

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Un ballade en forme de course folle entre clowns dans un magnifique bordel organisé et maîtrisé.

 Burlesque, gore, romantique, violent, absurde, engagé, avec Balada triste de trompeta (son titre complet), Alex de la Iglesia réussit une étonnante et formidable combinaison de différentes facettes de cinéma offrant un film ébouriffant et unique sortant tout droit d’un esprit agréablement tordu. Par sa scène d’ouverture renversante, on comprend très vite pourquoi le jury présidé par Quentin Tarantino l’a récompensé par le prix du meilleur scenario et du meilleur réalisateur à la dernière Mostra de Venise. Le film s’ouvre sur une réquisition forcée de membres d’un cirque pour combattre les troupes franquistes. Clowns, cracheurs de feu et femme à barbe se retrouvent armés jusqu’aux dents pour une introduction allumée et sanguinolente d’affrontements épiques en costume à plumes. Le rythme pétaradant de la mise en bouche et ses images crades et ultra stylisées vous emballe au bout de cinq minutes…mais avec la langue.

Le film est d’abord l’histoire d’un clown triste issu d’une longue lignée, dont le père est envoyé à la morgue dans un camp de travail suite aux nombreux cadavres de franquistes qu’il a mutilés, habillé de son nez rouge au début du film. Avant d’assouvir ses envies de vengeance, le jeune clown blanc intègre un cirque et tombe sous le charme d’une magnifique acrobate, malheureusement  compagne de l’autre clown, un célèbre auguste, star des foules et des bambins. D’apparence simple, le scénario prend des sentiers inattendus en permanence sans jamais perdre le fil du récit nous plongeant dans un état de surprise constant et jamais déconcertant. On se laisse porter, on rit, on sursaute, on détourne le regard d’horreur, on ressent tout un tas d’émotions jouissives rarement assemblées dans un seul film. Que l’on décolle ou pas pendant cette balade triste, on ne peut qu’admirer la maitrise totale d’Alex de la Iglesia sur la folle ambition de son œuvre. Il se permet même de parsemer avec justesse des références kitchs comme le portrait de Kojak dans un club de strip-tease ou une reprise espagnole d’un classique de Francis Cabrel. C’est une balade généreuse et troublante que nous propose le réalisateur à qui on confie la main avec peur et excitation.

Bien sûr tout ceci à un sens. Le film est une immense métaphore filée des multiples visages de l’Espagne et de son peuple. La belle acrobate représente une Espagne jeune, pulpeuse mais indécise et masochiste, s’encanaillant avec un clown agressif, alcoolique mais d’une force rassurante. Elle tombe épisodiquement amoureuse du clown romantique mais moins beau et très fragile, la plaçant au centre d’un combat impitoyable entre deux visages qui l’attirent à tour de rôle, dans une perpétuelle hésitation. Balada triste de trompeta est le mariage efficace entre virtuosité cinématographique et scénario intelligent avec en supplément chantilly un côté complètement barré, dynamique (et dynamite !) jouissif.

Titre original : Balada Triste De La Trompet

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Durée : 107 mn


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